L'actualité
Et si la lutte contre la féodalité pouvait rassembler !
Date : 07/01/2012 à 11:55:28

Depuis que les luttes à influence marxisante ont cessé d’avoir une large emprise sur la jeunesse, les combats en Mauritanie se sont focalisés autour des appartenances et ont abouti drame de 1989. Pourtant la réalité est plus complexe que l’opposition Noirs/Arabo-berbères.
Au sein de la société maure, il y a des classes méprisées, il en est aussi ainsi au sein de la société négro-africaine. Certains Harratine non pas le même statut que d’autres. Alors pourquoi ce silence autour de la question de la féodalité ?
Il y a un proverbe qui dit que le chameau ne voit jamais sa bosse. En Mauritanie, chaque communauté s’est replié sur elle-même ne voyant que ce qui l’arrange. Elle tend ne s’apercevoir que des injustices des autres et cherche en même temps à conquérir le pouvoir pour probablement reproduire le schéma du dominant. Cette attitude est fréquente. On l’a constaté au sein des mouvements tiers-mondistes. Les Arabes et les Africains, les latinos, par exemple, se sont alliés contre l’Occident oubliant leurs propres injustices. Ainsi par exemple, on a passé sous silence, pendant des années l’esclavage arabe et le racisme l’encontre du Noir.
L’intérêt de former des blocs, illusoirement homogènes, dressés contre d’autres permet de se focaliser sur un ennemi extérieur et de masquer ses propres faiblesses.
Mon idée n’est pas de nier la domination politique maure. Je sais bien qu'il y a un racisme maure et que les Maures sont aux manettes du pouvoir depuis l'indépendance du pays. Mais une analyse lucide de la situation nous permet, d’une part de constater que la féodalité noire a été complice du système dominant et en a tiré des avantages et d’autre part, que certaines couches des populations noires sont marginalisées au sein de leur propre communauté.
Je tiens à faire une remarque qui me paraît essentielle. Chaque période historique fait naître des rapports sociaux. Aucun système au monde n’est parfait. Ce qui le rend plus ou moins supportable et le peu d’humanité qu’il secrète.
Les systèmes sociopolitiques traditionnels africains, même s’ils étaient inégalitaires, ont été historiquement marqués par la recherche de la cohésion. « La société traditionnelle africaine se caractérise par une organisation basée sur les valeurs communautaires (...)
Le fait communautaire découle d’une conception de la vie fondée sur la recherche d’un équilibre harmonieux au sein du groupe ainsi qu’entre la société, la nature et le sacré. »1
Le problème est qu’avec la colonisation puis le pouvoir postcolonial, les équilibres anciens ont été rompus sans qu’il n’y ait une évolution progressive naît de conflit internes d’intérêts. La nouvelle féodalité s’est débarrassée des contraintes humanisantes et s’est surtout souciée de ses intérêts personnels.
J’ai beaucoup de choses à dire sur ce sujet mais cela risque de prendre trop de place au sein de cet article.
La stratégie du pouvoir colonial comme celui du pouvoir maure s’est articulé sur la féodalité. « Depuis la proclamation de l’indépendance en 1960, les esclaves, les paysans pauvres et moyens pauvres, les ouvriers, les diverses couches de la petite bourgeoisie intellectuelle ou commerçante et même dans une certaine mesure les bourgeois moyens, toutes les masses populaires sont non seulement écartées systématiquement du pouvoir mais même privées des droits démocratiques élémentaires. Par contre, les réactionnaires tels que les Khayyar, les Salek, les Abdoul Aziz Bâ, les despotes locaux du genre Ma el Aynin de M’Bout, avaient quant à eux le droit d’opprimer le peuple, de le voler et de l’exploiter, de le manipuler à gré dans l’arène du PPM, et, comme Daddah, s’arrogeaient le droit de provoquer des guerres injustes et mercenaires, de vendre la souveraineté nationale etc. »2
Une analyse du mode de fonctionnement de la féodalité mauritanienne nous permet de comprendre pourquoi les Noirs sont dominés. Elle permet aussi de découvrir une des causes de la perpétuation de l’esclavage maure.
On sait bien que pour dominer un peuple, le recours à des complices issus de celui-ci est une stratégie efficace. La division des communautés est aussi un moyen opérationnel pour les soumettre.
En s’appuyant sur la féodalité noire, le pouvoir maure a su faire taire les privilégiés qui profitant de leur statut, de l’ignorance et de la naïveté des populations ont largement participé à la perpétuation de l’exclusion des noirs.
Le changement en Mauritanie ne peut se faire sans tenir compte des effets dévastateurs que l’esprit féodal fait peser sur le fonctionnement de l’Etat.
Au sein de la société maure, négro-africaine et harratine les être humains ne sont pas égaux. Et entre ces communautés il existe une hiérarchisation dans le rapport au pouvoir. Le Maures sont les premiers bénéficiaires du système, suivent les Négro-mauritaniens et en bas de l’échelle les Harratine. En ce qui concerne cette hiérarchie Maure et Négro- mauritaniens sont d’accord. Je reviendrai sur cette question en parlant de l’esclavage. Pour le moment ce que je veux montrer est que les sociétés mauritaniennes sont des sociétés inégalitaires.
Chez maures et les Négro-africains la société repose sur des castes. Ce sont les deux féodalités se sont souvent alliées pour profiter du pouvoir. On voit donc aisément comment la féodalité négro-africaine a été complice de la domination des Maures. Un exemple : Pendant les événements de 1989, Pour être prudent, dans certains villages, pour ne pas dire dans den ombreux village le tri des déportés s’est fait en fonction d’appartenance des castes. De nombreuses personnes issues de la féodalité négro-mauritanienne se sont alliés avec Mawiya Ould Sid Ahmed Taya entrainant avec eux leurs vassaux. Ce sont aussi ceux issus des classes supérieurs négro-africaines qui sont présentés comme candidats aux élections. Je peux multiplier les exemples.
Un autre exemple me parait intéressant. Les luttes féodales traversent les mouvements politiques négro-mauritaniens. J’ai mis du temps pour le comprendre. Mais certains comportements qui ont empêché de faire progresser la lutte à Paris sont dus à la gestion féodale de ces mouvements.

Le second point à analyser est l’impact de l’esprit féodal sur le sort des Harratines. Ce n’est pas pour rien que la question harratine n’a pas été prise par les Négro-africains. Les causes sont faciles à trouver. Les sociétés négro-africaines sont elles-mêmes divisés en castes et les êtres ne sont pas reconnus comme égaux. L’esclavage n’est pas une chose outrageante. On connaît même le mépris des Négro-africains à l’égard des Harratine. On peut donc comprendre pourquoi les harratines n’ont pas bénéficié du soutien des Négro-mauritaniens.
La féodalité doit être combattue pour plusieurs raisons : En Mauritanie, c’est elle qui a le pouvoir. Ce n’est pas le mérite de l’individu qui compte mais ses origines. Ainsi la Féodalité qui est à la tête de l’Etat. L’esprit féodal habitent tous les esprits y compris ceux des dominés, ce qui empêche l’émergence d’une lutte pour une véritable démocratie en Mauritanie. Si l’esclavage se perpétue aujourd’hui en Mauritanie c’est parce que l’esprit féodal anesthésie les dominés.
Aujourd’hui, il y a une jeunesse négro-africaine qui se dresse contre la domination maure, on pourrait espérer qu’elle soit véritablement démocrate. Elle doit intégrer dans sa revendication la lutte contre l’esclavage et le système de castes et les libertés démocratiques : liberté de conscience, l’indépendance de la justice, etc. Si la question nationale est importante, elle n’est pas la seule qui soit impérieuse.

Oumar Diagne
Ecrivain


1 Mamadou Guèye, Transformation sociale et implications culturelles, in Ethiopiques numéro 34 et 35 revue socialiste de culture négro-africaine nouvelle série 3ème et 4ème trimestre 1983 volume I n°3 et 4
2 Quelques opinions sur la nature du problème national en Mauritanie. In http://ufpweb.org/ARCHIVES/qnat/4opinion.htm

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