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MEDIAPART : Ce «14 juillet africain» dont Nicolas Sarkozy se serait bien passé
Date : 14/07/2010 à 15:02:26

MediaPart, Par Ludovic Lamant

Le 14 juillet africain de Nicolas Sarkozy s'annonce périlleux. A l'origine, une idée de l'Elysée: célébrer, en même temps que la fête nationale, le cinquantenaire des indépendances des 14 anciennes colonies françaises d'Afrique. Mardi 13, le président invitera à déjeuner les chefs d'Etat africains censés faire le déplacement à Paris pour un «sommet familial». Et le lendemain, des militaires des ex-colonies ouvriront le défilé sur les Champs-Elysées (à raison de 38 soldats par pays). Dans la tribune officielle, des anciens combattants seront présents. Ce défilé doit exprimer «la reconnaissance de la France et de l'Europe aux centaines de milliers de soldats africains qui ont participé à la Première et à la Seconde Guerre mondiale», expliquait Jacques Toubon, secrétaire général du cinquantenaire des indépendances, en avril dernier.

En Afrique, l'invite de l'ancien colonisateur agace. Une «pétition-poème» intitulée «50 ans d'ingérence et de mépris, ça suffit!» prend de l'ampleur sur le continent. Lancé par des personnalités comme la Malienne Aminata Traoré, femme politique et écrivain, ou le Franco-Egyptien Samir Amin, économiste en poste à Dakar, ce long texte, qui cite l'historien burkinabè Joseph Ki-Zerbo («Si nous nous couchons, nous sommes morts»), s'oppose à la participation d'armées africaines au 14 juillet français. Extrait:

«Tam-tam, tambours et balafons résonneront dans l'Hexagone pour conforter l'illusion / selon laquelle nos Etats sont souverains dès 1960 / et, depuis, aidés par la France à se développer / Les morts (...) peuvent désespérer des vivants / quand les causes pour lesquelles ils ont payé de leurs vies sont sacrifiées.»

Signataire de la pétition, Diallo Diop, figure de l'opposition sénégalaise, explique à Mediapart les trois raisons de la colère. D'abord, «on n'a jamais vu nulle part un maître et un ancien esclave célébrer ensemble l'abolition! Sinon, cela veut dire que l'abolition n'est pas réelle...». Pour beaucoup, la fête doit se passer sur le sol africain, un point c'est tout. De ce point de vue, le choix de Nicolas Sarkozy de ne pas assister aux premières célébrations organisées depuis le début de l'année sur le continent n'a rien arrangé. Le président s'est par exemple fait représenter par le ministre de l'intérieur Brice Hortefeux le 4 avril dernier à Dakar.

Ensuite, poursuit M. Diop, «l'indépendance gaullienne est un leurre, une tromperie, un attrape-nigauds». Du franc CFA à l'ingérence française dans les affaires politiques, les ex-colonies ne seraient toujours pas indépendantes. Il n'y aurait donc aucune raison de fêter une indépendance de façade. L'universitaire sénégalais rappelle par ailleurs, en réponse aux déclarations de Jacques Toubon, qu'à la libération de la France en 1945, «on a blanchi les troupes pour le défilé de la victoire» (45 secondes):

Enfin, les inégalités de traitement dont sont victimes les anciens combattants originaires des ex-colonies, concernant le niveau de leurs pensions, nourrissent également ce front du refus. Malgré de récentes avancées.

Absents, les présidents ivoirien et malgache
Sans surprise, l'Ivoirien Laurent Gbagbo ne viendra pas à Paris. Il n'enverra pas non plus de contingent pour le défilé militaire. L'armée française bombardée dans le nord de la Côte d'Ivoire, en 2004, ne défilera pas donc aux côtés de contingents ivioriens... Après l'annulation de sa venue au sommet Afrique-France fin mai, à Nice, c'est un nouveau forfait de la part de Gbagbo, qui risque de tendre encore un peu plus des relations franco-ivoiriennes déjà sérieusement détériorées.
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