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RFD : Note récapitulative à l'attention de la délégation parlementaire de l'Union Européenne en visite en Mauritanie
Date : 20/02/2010 à 14:47:07

RAPPEL

Le 6 août 2008, un coup d’état de plus a mis fin à une expérience démocratique qui, malgré toutes ses insuffisances, avait permis pour la première fois depuis 1978 de porter un civil au pouvoir et d’améliorer sensiblement les libertés dans le pays. L’auteur de ce coup d’Etat, éminent récidiviste car il est au cœur du coup d’état précédent, s’est d’emblée inscrit dans une procédure de légitimation de son maintien au pouvoir. Après bien des péripéties allant de multiples condamnations de la communauté internationale dont celle de l’union européenne et de lutte unanime et ferme de l’ensemble des démocrates mauritaniens contre le fait accompli, un accord est enfin conclu à Dakar le 4juin 2009 entre les différents pôles impliqués dans le conflit.

Cet accord que nous considérons favorable à plus d’un titre au Général candidat auquel il permettait, malgré ses antécédents, de se présenter aux élections et lui abrégeait les délais au détriment de ses concurrents (moins de 30 jours) pour l’organisation d’élections alors même qu’il venait de clôturer près d’une année de campagne aux frais de l’Etat tout en plaçant ses pions à tous les niveaux de l’administration.

Malgré cela, les 2 pôles de l’opposition, sous pression sans précédent de la communauté internationale notamment les pays membres de l’UE, conscients des dangers de dérive pour le pays, ont accepté cet accord moyennant certaines garanties de transparence dont essentiellement la présence à Nouakchott pendant toute la période transitoire d’un groupe de contact international, censé veiller à la transparence et la crédibilité du scrutin dans son ensemble.

Malgré toutes les concessions (l’acceptation de la candidature assimilable à une prime aux coups d’Etats, délais très courts, renonciation au profit du camp du général au poste de premier ministre alors que le président par intérim appartient à son groupe, etc.) consenties par les deux pôles de l’opposition, ledit accord a fait l’objet d’un véritable sabotage.

D’une part, le groupe de contact et de suivi installé à Nouakchott sous la présidence de l’Union Africaine et le MAE représentant de la facilitation sénégalaise n’ont pas joué le rôle auquel ils se sont engagés à Dakar et notamment celui de veiller au respect des règles de transparence et de crédibilité du scrutin et, d’autre part, le Général Aziz continue d’ignorer le paragraphe 4.7 dudit accord relatif au dialogue inclusif.

C’est ainsi qu’une crise post-électorale particulièrement grave s’est installée en Mauritanie.


CAUSES ET MANIFESTATIONS DE LA CRISE ACTUELLE EN MAURITANIE


I.
Problèmes liés à la solution de crise : Il y a lieu de relever le rôle complaisant du comité international de suivi installé à Nouakchott pendant les élections, prévu par les accords de Dakar. Ce comité est resté sans aucune réaction aux plaintes des différents candidats autres que le général, plaintes relatives à :

- l’implication ostentatoire des membres de la junte militaire dans la campagne électorale,

- refus du Président par intérim de réunir le conseil des Ministres pour le remplacement des membres de la commission indépendante chargée des élections (Ceni) au niveau régional, nommés unilatéralement par le général -candidat à la veille de sa prétendue démission,

- convocation apocryphe du collège électoral faite par le premier Ministre au nom d’un conseil des Ministres qui ne s’est pas tenu,

- rôle partisan de la radio et de la télévision publiques et leur refus d’obtempérer aux ordres de leur ministre issu de l’opposition,

- distribution de vivres par le commissariat à la sécurité alimentaire au nom du général-candidat en pleine campagne électorale, malgré la décision prise par l’ensemble des protagonistes politiques et le comité international de suivi pour la mise en veilleuse de cet organe.

II. Situation actuelle : marquée par une crise multiforme qui menace la stabilité du pays et qui se reflète essentiellement à travers :

1. l’exclusion totale de l’opposition à tous les niveaux de l’administration et pressions administratives visant à débaucher les militants de l’opposition,

2. l’instrumentalisation des médias publics pour la propagande au profit du général et le refus de libéralisation des ondes malgré l’engagement de la junte en 2005 pendant les journées de concertations de l’époque et vis-à-vis de l’Union Européenne (voir les 24 points objet des engagements). Il y’a lieu de souligner ici que l’ensemble de la sous- région ouest-africaine a depuis quelques années institué cette liberté

3. le règlement de comptes politiques par l’instrumentalisation de la justice : cas des hommes d’affaires et des journalistes Hanevy Ould Dehah et Ould Abeidna,

4. le renouvellement du tiers du sénat : implication de l’Etat à tous les niveaux et les pressions administratives et financières sur les conseillers municipaux pour exclure l’opposition ; l’exclusion totale des femmes du nouveau bureau du Sénat,

5. la montée dangereuse de l’insécurité qui se manifeste par la recrudescence des actions terroristes : attentat suicide à Nouakchott (une première en Mauritanie), enlèvement d’étrangers sur des axes routiers sensés être sous la protection des autorités ainsi que par la violence en milieux urbains : vols à main armée, meurtres, viols,…

6. la mauvaise gouvernance : nomination aux postes de gestion sur des critères de clientélisme politique, limogeages spectaculaires d’agents de l’Etat pour des raisons démagogique liés à la mauvaise gestion et nomination aux plus hautes fonctions de l’Etat de personnes notoirement connues pour mauvaise gestion, improvisation dans

7. les prises de décision engageant la Nation, attribution de marchés publics de gré à gré…

8. la baisse continue du niveau de vie des populations suite à la montée des prix, à la généralisation du chômage en l’absence d’une stratégie concertée pour venir à bout des problèmes économiques et financiers du pays.

CONCLUSION


1. La Mauritanie nous paraît en danger grave de délitement du à la mauvaise application des accords de Dakar, à une gestion improvisée et au mode de prise de décisions de manière unilatérale dans bien des domaines qui engagent l’avenir dans son ensemble.

La nécessité d’un dialogue inclusif sérieux organisé conformément aux accords de Dakar entre les différents pôles de cet accord est devenue impérieuse pour préserver le pays, déjà en proie à l’instabilité chronique, à la montée croissante de l’insécurité et de tensions à l’issue incertaine.

2. Dans cette optique, il nous paraît important que les différentes consultations entreprises par l’Union Européenne avec l’Etat mauritanien impliquent l’opposition à travers un nombre de représentants conforme à sa présence au sein du parlement. En effet, l’autre son de cloche permettra à l’UE en tant que partenaire de premier ordre d’apprécier objectivement la situation du pays et de s’engager éventuellement en connaissance de cause.

3. En vue de décrisper la situation, la véritable liberté d’expression (et non les tables rondes organisées unilatéralement par une radio et une télévision instrumentalisées dans le but de saboter toute opinion divergente) garantie par la loi fondamentale du pays doit être mise en œuvre au niveau des média publics et à travers une réforme urgente visant à la libéralisation des ondes à l’instar de l’ensemble des pays voisins.

De même, les journalistes poursuivis pour délit d’opinion déguisé, pour les besoins de la cause, en délits de droit commun au mépris du droit des citoyens à la libre expression et de la séparation des pouvoirs doivent être libérés.

4. Les questions socio-économiques aujourd’hui soulevées par l’ensemble des centrales syndicales doivent faire l’objet d’ouverture de négociations sérieuses, loin de la pratique autoritaire actuelle en vue de trouver des solutions rapides et consensuelles.

Nouakchott, le 18 Février 2010

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