FIDH : Harcèlement et diffamation à l'encontre d'un défenseur Date : 14/02/2010 à 15:55:04
LObservatoire pour la protection des défenseurs des droits de lHomme, un programme conjoint de la Fédération internationale des ligues des droits de lHomme (FIDH) et de lOrganisation mondiale contre la torture (OMCT), exprime sa préoccupation face à lintensification des menaces et des entraves subies par le défenseur Biram Ould Dah Ould Abeid, conseiller à la Commission nationale mauritanienne des droits de lHomme, président de lInitiative de résurgence du mouvement abolitionniste en Mauritanie (IRA) et chargé de mission auprès de SOS-Esclaves.
Le 6 février 2010, M. Biram Ould Dah Ould Abeid, qui est très actif dans la lutte pour labolition du crime desclavage dans son pays, sest vu refuser sa demande de renouvellement de passeport par la Direction de la sûreté nationale, sans motif valable. M. Biram Ould Dah Ould Abeid, en tant que membre de la Commission nationale des droits de lHomme, dispose en effet dun passeport de service dont le renouvellement dépend dune demande écrite adressée au directeur de la sûreté nationale. Cependant, suite à une notification verbale du secrétaire général du Gouvernement, la Direction de la sûreté nationale a refusé la demande de M. Biram Ould Dah Ould Abeid, dont le passeport arrive à expiration le 4 avril 2010. Or M. Biram Ould Dah Ould Abeid doit assister au Festival du film et forum international sur les droits humains (FIFDH), organisé à Genève du 5 au 14 mars 2010, afin de présenter le documentaire « Chasseurs desclaves »[1] sur le travail mené par lorganisation SOS-Esclaves, et les autorités suisses exigent une période de validité du passeport de trois mois au-delà de la date de sortie du territoire pour accéder à une demande de visa. De plus, le 9 février, lInspecteur général des armées, le colonel Mohamed Ould Meguett, a signalé à deux proches de M. Biram Ould Dah Ould Abeid intervenus en faveur de ce dernier à ce sujet que le refus de renouvellement de son passeport « nétait quun avertissement » et que la tolérance à son égard « avait atteint ses limites ».
M. Biram Ould Dah Ould Abeid est lobjet dune attention particulière des autorités mauritaniennes depuis sa participation à la conférence intitulée « Lesclavage en terre dIslam : pourquoi les maîtres mauritaniens naffranchissent pas leurs esclaves ? », organisée au Centre daccueil de la presse étrangère (CAPE) le 17 février 2009 à Paris. Lors de cette conférence, ce dernier avait notamment dénoncé la persistance de lesclavage et sa légitimation par lapplication de la charia en Mauritanie et ses déclarations avaient été reprises dans plusieurs journaux africains. Puis les actes de harcèlement à lencontre de M. Biram Ould Dah Ould Abeid se sont amplifiés à la suite de la conférence de presse donnée à Nouakchott le 3 novembre 2009 par Mme Gulnara Shahinian, rapporteure spéciale des Nations unies sur les formes contemporaines desclavage, au terme de sa visite. Les autorités reprocheraient à M. Biram Ould Dah Ould Abeid davoir informé Mme Shahinian sur la persistance des pratiques esclavagistes et la gravité de ce problème en Mauritanie[2].
Ainsi, par exemple, au mois de novembre 2009, un article anonyme contenant des propos diffamatoires à son encontre, notamment des allégations sur ses liens avec les services secrets israéliens, avait été publié sur le portail dinformation elbidaya.net et relayé par un grand nombre de sites Internet mauritaniens. De plus, à cette même période, un individu non-identifié avait tenté de sintroduire à son domicile avant de prendre la fuite. En outre, le 23 novembre 2009, le Ministre de lIntérieur avait averti M. Biram Ould Dah Ould Abeid par lintermédiaire dun proche de ce dernier quil avait reçu « un mandat du président de la République pour traiter son cas » et lavait également sommé de « cesser toute déclaration ou activité de lutte contre lesclavage » et de « venir lui exposer tous les cas desclavage dont il avait connaissance ».
LObservatoire condamne les atteintes à la liberté de mouvement de M. Biram Ould Dah Ould Abeid ainsi que les actes de menaces et diffamation à son encontre, et considère que ces mesures visent à sanctionner ses activités de défense des droits de lHomme.
Par conséquent, lObservatoire demande instamment aux autorités mauritaniennes de cesser les actes de harcèlement à lencontre de M. Biram Ould Dah Ould Abeid, de lever immédiatement les obstacles à sa liberté de mouvement, et de garantir lintégrité physique et psychologique de ce dernier conformément à larticle 12.2 de la Déclaration sur les défenseurs des droits de lHomme, adoptée par lAssemblée générale des Nations unies le 9 décembre 1998.
Par ailleurs, lObservatoire a été informé de la visite, depuis le 9 février 2010, dune mission de promotion de la Commission africaine de droits de lHomme et des peuples (CADHP) composée notamment du commissaire M. Mohamed Khalfallah, rapporteur de la CADHP sur les défenseurs des droits de lHomme en Afrique. LObservatoire appelle donc le commissaire Khalfallah à intervenir auprès des autorités mauritaniennes en faveur de M. Biram Ould Dah Ould Abeid et, le cas échéant, de prendre publiquement position sur cette affaire au cours de sa visite en Mauritanie.
Paris-Genève, le 12 février 2010.
Pour plus dinformations, merci de contacter :
· FIDH : Gaël Grilhot / Karine Appy : + 33 1 43 55 25 18
· OMCT : Delphine Reculeau : + 41 22 809 49 39
[1]
Notes
[1] Reportage de Sophie Jeaneau et Anna Kwak, ARTE France, 2008.
[2] Et ce malgré la loi N° 2007-48 « portant incrimination de lesclavage et réprimant les pratiques esclavagistes » adoptée le 8 août 2007 à lunanimité par lAssemblée nationale mauritanienne, qui criminalise pour la première fois lesclavage en Mauritanie en prévoyant une peine allant de cinq à dix ans de prison ferme pour les personnes convaincues dactivités esclavagistes.
| |