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Essai de présentation par le Docteur Mohamed Ould Sidya, professeur à l'ENS
Date : 08/03/2010 à 23:02:39

«MOHAMMED, le vrai visage du prophète de l’Islam », que vient de faire paraitre Moussa Ould Hormat- Allah, tout en enrichissant d’un titre le fonds « bibliographique des spécialistes » du dialogue - ou si l’on veut de la confrontation idéologique et politique - des Cultures et Civilisations, est aussi un livre qui ne manquera pas de servir et de séduire le commun des lecteurs qui auraient le besoin ou le plaisir intellectuel d’y accéder. Riche moisson d’un effort de recherche probablement étalé sur plusieurs années, il atteste d’une culture encyclopédique rare par les temps qui courent (embryologie, météorologie, astronomie, géologie, littérature, histoire du monde arabo-musulman, droit et sciences politiques…). Fin connaisseur de la Sira, Moussa a su la « partager » avec ses lecteurs en faisant une présentation détaillée et aérée, simplifiée et non ésotérique de la vie du Prophète Mohammed (PSL), des Mères des croyants, des illustres Compagnons dont les quatre califes ; chemin faisant, il apporte une description de la vie politique, sociale, militaire et économique au cours d’une période qui couvre la jeunesse du Prophète(PSL), la Révélation, la Hijra, le séjour du prophète à Médine et les califats respectifs d’Abou Bakr, Umar, Uthman et Ali (que Dieu les agrée). Au fait des plus récentes découvertes scientifiques, Moussa a su repérer qu’elles sont toutes prévues dans le Coran ; il a su surtout communiquer à ses lecteurs cette angoisse existentielle devant les deux infinis ; les faire trembler, susciter leur étonnement au sens aristotélicien, leur insuffler un regain de ferveur face à la toute Puissance de Dieu qui se traduit à travers la complexité et l’impact des phénomènes maritimes océaniques, éoliens, pluviométriques; à travers l’explosion du Big Bang, le cheminement du soleil vers l’Apex, son extinction probable, le Big Crunch ;

Le livre se présente comme un « éclairage objectif fondé sur une vérité non tronquée pour pallier (la) déformation des faits… (Et à cet effet), il faut bien connaître la vie et l’action de Mohammed » (PSL). Aussi les quatre parties abordent-elles respectivement: Mohamed, sceau des prophètes, le prophète et les problèmes de société, le prophète et la science moderne, le prophète et les Occidentaux.

Pour traiter de l’ensemble de ces parties, l’auteur a rédigé plus de 500 pages, fait renvoi à plus de 260 citations coraniques, à plus de105 citations de hadiths, à une bibliographie de 90 références puisée à bonnes sources auprès d’éminents hommes politiques comme Napoléon Bonaparte, philosophes (Voltaire, Rousseau, Renan, A. Comte, W.F.Hegel , H. Spencer…), poètes (Goethe, A. de Lamartine, V. Hugo…), historiens( Ibn Ishaq, Ibn Khaldun, Tabari, Bernard Shaw, Hicham Djait…), exégètes (Ibn Kathir, Mohamed Abdou, Youssouf Kéradaoui), savants (Maurice Bucaille, Edwing Hubble, Georges Lemaitre, Youchédi Kozane, stéphane Hawkins…), islamologues (Mohamed Yacine Kassab, Martin Lings, Thomas Carlyle, Malika Dif, Asma Lamrabet etc.).

Ce livre tiendrait-il sa force, son souffle et sa densité parce qu’il reste le reflet de la foi de son auteur ? je ne suis pas loin de le penser: en effet sa rédaction consacre l’appropriation par Moussa de ses racines sociales, culturelles et religieuses (zawaya) : lui qui appartient à une double lignée de Cheikhs (Cheikh Sidya et Cheikh Mohamed); lui, qui, pendant son enfance a grandi dans un campement où il n’entendait de toute part que la récitation du coran, qu’il s’agisse de ses oncles paternels (dont quatre sont hafez et trois parmi les quatre sont titulaires de l’habilitation, ijaza) ,qu’il s’agisse des tantes ou des maris de celles-ci dont trois sont également hafez ; de l’environnement culturel en général (les Mahadras d’Ehl Daddah et d’Ehl Bah Ould Cheikh Sidya), ces mahadras où on apprenait jours et nuits Coran, Hadith, fiqh, Sira etc. Le milieu social et l’enfance ne seraient pas étrangers à la fascination qu’exerce sur l’auteur le Livre Saint ; cette fascination l’a armé d’une conviction, voire d’une passion pour effectuer quelques uns des meilleurs devoirs religieux, à savoir lire et relire, comprendre et méditer, découvrir et faire découvrir le Texte sacré , ce texte inaltérable, inimitable (voir les 15 versets de défis) et inépuisable. Il s’agit de l’aimer et de le faire aimer; de démontrer qu’il est réponse à tout et surtout qu’il n’est jamais en contradiction avec l’évolution de la Science : toutes les vérités scientifiques y sont consignées mais elle se dévoilent au fur et mesure selon les contextes socio-historiques et les capacités des hommes à les saisir «Nous n’avons dans le Livre rien manqué» (Les Troupeaux, v. 38); il s’agit d’inviter implicitement à la réhabilitation du modèle prophétique dans tous les aspects de la vie sociale, politique et économique. Dans cette perspective, outre le retour aux racines, on noterait une ambition intellectuelle inavouée de contribuer de façon significative et surtout inédite à un débat, pourtant vieux de 14 siècles ; y contribuer en restaurant le vrai portait du Meilleur des hommes, le Sceau des prophètes, de Celui dont Dieu dit «et Tu es, certes oui, d’un caractère éminent» Le Calame, v.4. Y contribuer aussi par le rétablissement et l’affermissement d’une vérité historique, à savoir l’universalité et la supériorité de l’Islam par rapport aux deux religions monothéistes (Judaïsme et Christianisme), religions qu’il est venu d’ailleurs confirmer, actualiser et compléter après une période de fatra, c'est-à-dire d’«interruption des messagers… ». Cette supériorité de l’Islam - « Vous êtes la meilleure communauté qu’on ait fait surgir pour les hommes », (S III, v.110) - ne se traduit-elle pas par la délivrance de l’Homme de tous les jougs oppressifs ? Ne correspond- elle pas à l’avènement d’un nouvel ordre social plus humain et plus juste ? A la jouissance potentielle et illimitée des effets du progrès scientifique ? A la tolérance, le juste milieu et la tempérance ? A l’unité et à la solidarité (at-takaful) de la Communauté musulmane, la UMA du prophète (PSL) ?

« Et cramponnez –vous ensemble au câble de Dieu ; et ne soyez pas divisés ; et rappelez-vous le bienfait de Dieu sur vous : lorsque vous étiez ennemis, c’est Lui qui réconcilia vos cœurs ; puis par Son bienfait, vous êtes devenus frères » (S. III, v.103).

Sinon cette supériorité comment justifier ou expliquer l’expansion inexorable de l’Islam à travers le Monde et le recul tout aussi inexorable des deux religions qui l’ont pourtant historiquement précédé ? Pourquoi d’éminents savants et en poussant leurs réflexions épistémologiques à l’extrême ont-ils fini par l’embrasser ?

Voilà certaines des nombreuses questions auxquelles Moussa tente, en filigrane ou ouvertement, d’apporter des réponses. A cet effet le livre se présente comme le résultat cohérent d’une démarche méthodologique rigoureuse, référenciée et exhaustive ; démarche qui tend, sur la base d’arguments irréfutables (coraniques, sunnites, logiques, scientifiques, historiques, sociaux ou politiques) à détruire les « échafaudages de préjugés, de mensonges, de haine ou de jalousie », édifiés par les mécréants, les païens , les hypocrites, les Chrétiens, islamophobes d’hier ou d’aujourd’hui, Croisés ou Orientalistes, sceptiques ou tenants de l’agnosticisme.. . Édifiés surtout, par les ennemis les plus irréductibles du Messager et du Message, à savoir les juifs : « Tu trouveras à coup sur dans les Juifs et les faiseurs de dieux, les plus forts en inimité contre les croyants… », La Table servie, v.82; les Juifs qui ont déjà trahi Moise et prétendu avoir tué Jésus : « Et le peuple de Moise, après lui, adopta pour dieu un veau, fait de leur parures ; un corps à mugissement…..Ils l’adoptèrent pour dieu, cependant qu’ils étaient prévaricateurs » (Les Limbes, v. 146 et 147);

Ce sont toujours les mêmes qui, six siècles plus tard à Yethrib (Médine), par haine et jalousie, allaient tenter d’occulter et de nier la Rissala de Mohamed (PSL), Rissala pourtant bien annoncée dans la Thora : ils la nièrent tout simplement parce que Mohamed était Arabe, alors qu’il s’attendait à ce qu’il fut Juif : « Et quand leur vint de Dieu un messager pour confirmer ce qu’il y’avait déjà devers eux, certains à qui le Livre avait été donné jetèrent derrière leur dos le Livre de Dieu, comme s’ils ne savaient pas !» (Vache, v.101) : ils cachaient donc la partie du Livre (la Thora) qui faisait annonce de la Mission de Mohamed (PSL), tout en en se prenant dans leur propre piège parce qu’ils menaçaient auparavant leurs voisins et ennemis arabes (AUS et Khazraj) par l’imminence d’une prophétie qui serait en leur faveur: « Et quant leur vint de Dieu un Livre(le Coran) confirmant ce qu’ils avaient déjà - alors qu’auparavant ils cherchaient la victoire sur les mécréants(Arabes) - quand donc leur vint cela même qu’ils reconnaissaient, ils mécrurent. Et bien, malédiction de Dieu sur les mécréants ! », (Vache.v.89).

Mais « …quel pire prévaricateur que celui qui blasphème un mensonge contre Dieu, alors qu’il est appelé à la Soumission ? Et Dieu ne guide pas les prévaricateurs. Ils veulent éteindre de leur bouches la lumière de Dieu, alors que Dieu en est à mettre le comble à Sa lumière quand même les mécréants en aient de la répulsion »(le Rang. v. 7 et 8).

Je ne terminerai pas ce bref essai de présentation sans mentionner trois remarques à mettre au passif du livre. La première concernerait les limites imposées à sa diffusion par sa rédaction en langue française exclusivement : s’il n’est pas traduit en arabe ou en anglais il perd la majorité des lettrés traditionnels mauritaniens qui sont sensés être parmi ses lecteurs privilégiés ; il perdrait aussi les lecteurs d’Egypte, de Libye, du Moyen Orient arabe (en dehors du Liban) ; la deuxième remarque porte sur une légère redondance que l’on sent en ce qui concerne la référence aux témoignages des auteurs et personnalités occidentaux sur le prophète (PSL) ; comme troisième remarque, il est à déplorer que le livre ne fait pas référence à des auteurs mauritaniens : en dehors d’un entretien avec Hamdan Ould Tah et de la traduction du Coran de Mohamed al Mokhtar Ould Bah, je n’ai pas remarqué d’autre référence.



Mohamed Ould Sidya
Docteur en anthropologie sociologie
Ancien conseiller du Ministre de l'Education Nationale
Ancien Directeur de l'ENS à Nouakchott
Actuellement professeur dans le même établissement

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