TRANSPARENCE DANS LA GESTION DES INDUSTRIES EXTRACTIVES :Des progrès accomplis en Mauritanie, mais peut mieux faire Date : 25/2/1 à 15:41:36
Les activités minières et pétrolières ont contribué en 2006 à hauteur de 85% aux recettes d'exportation de la Mauritanie et de 38% des recettes budgétaires. Les compagnies pétrolières ont versé, à elles seules, 88, 933 millions de dollars au trésor de notre pays la même année. C'est ce qui ressort du rapport du Comité National pour la transparence des industries extractives lors d'un atelier organisé lundi à l'Immeuble El Khaïma. C'est peut -être ce qui a fait dire à un expert de la Banque Mondiale que la Mauritanie a accompli des progrès en matière de gestion de ses industries extractives mais qu'elle doit mieux faire dans le domaine de la communication sociale et la formation de la société civile pour que cette dernière puisse participer plus efficacement à ce processus. L'ITIE a été créée en Grande Bretagne en partant du constat que la plupart des pays, surtout africains, riches en ressources naturelles, réalisent de mauvaises performances économiques, ce que certains appellent « le paradoxe de l'abondance ».
L'Immeuble El Khaïma a abrité lundi l'ouverture d'un atelier sur la présentation et la discussion du second rapport national 2006 élaboré dans le cadre de l'Initiative pour
la Transparence des Industries Extractives. Il s'agit du second rapport publié par notre pays depuis son adhésion à l'Initiative en septembre 2005. La régularité de ces rapports s'inscrit dans le cadre des efforts du Gouvernement pour renforcer la gouvernance économique et favoriser une meilleure contribution des secteurs extractifs au développement économique et social du pays. Au rours de journée, plusieurs communications ont été introduites. C'est ainsi que M Papa Amadou, secrétaire permanent du Comité national de l'ITIE, a fait une présentation exhaustive du rapport national 2006 dans lequel il a souligné que ce rapport, à la différence de celui de 2005 où l'activité minière occupait une place prépondérante, intègre les données issues des deux sous-secteurs extractifs, à savoir les mines et les hydrocarbures, offrant ainsi une image plus équilibrée de l'état de développement de ces secteurs stratégiques de notre économie. Il ressort, selon lui, des données présentées, que les activités minières et pétrolières ont contribué en 2006, à hauteur de 85% aux recettes d'exportation du pays et de 38% aux recettes budgétaires hors dons, confirmant l'importance stratégique qu'elles occupent désormais au sein de l'économie nationale. M. Eleodoro Myorga Alba de la Banque Mondiale a, quant à lui, axé son exposé sur l'ITIE au niveau international. Il a d'abord expliqué ce qu'il a appelé« le paradoxe de l'abondance»à savoir, la mauvaise performance des pays riches en ressources. Pour lui, ce phénomène est lié au cadre institutionnel, aux politiques économiques et au manque de transparence et de bonne gouvernance. M. Aleodoro s'est félicité des performances réalisées par la Mauritanie en matière de transparence mais il faut réfléchir à mettre en application des améliorations dans le contenu des rapports. Il a demandé l'ITIE-Mauitanie de mettre l'accent sur la communication sociale à l'intention des populations et la formation de la société civile afin qu'elle puisse participer de manière plus active à une meilleure utilisation des industries extractives.
Dans son intervention, M. Mohamed Abdallahi Ou Id Bellil, vice président de la Coalition Mauritanienne «Publiez ce que vous Payez», a d'abord présenté cette ONG créée en 2002, avant de définir les objectifs qui lui sont assignées dont notamment lit publication de façon transparente par les industries extractives des montants des taxes et redevances de toute nature qu'elles versent au gouvernement. L'un de ses buts également est de contribuer à la mise en œuvre et au renforcement des dispositions prises par l'Etat en matière de transparence des recettes des industries extractives et de favoriser leur utilisation au profit des populations. Pour M. Bellil, son institution veille aussi au renforcement de l'action internationale de promotion d'un système plus responsable de suivi et de contrôle de la gestion des revenus des ressources naturelles payés par les entreprises de l'industrie extractive au gouvernement
Réagissant à ce rapport élaboré par le cabinet International Ernst and Youg France, certains participants ont trouvé inadmissible que dans un pays aussi riche en ressources naturelles comme le nôtre, on continue à « quémander ». Pour d'autres, il est bien beau de donner les chiffres du montant des redevances et taxes versées à l'Etat, mais il serait mieux de montrer comment cet argent a été utilisé et quel est son impact réel sur la vie quotidienne des populations. L'un des intervenants a suggéré que désormais, l'Etat oblige toutes les entreprises opérant dans notre pays de déclarer ce qu'elles payent.
Pour le Dr Abdallahi Guld Mohamed Awah, professeur d'économie à l'Université de Nouakchott, il ya un grand obstacle d'ordre structurel quant à la transparence des données dont le rapport fait état. D'abord le bureau d'études choisi dans la mise en œuvre du rapport n'a pas toutes les données dans la mesure où il n'y a pas d'obligation contractuelle de toutes les entreprises à publier l'ensemble des infom1ations dont elles disposent. En plus, a-t-il précisé, la plupart des données sont agrégées car «on ne sait pas exactement quelle compagnie a payé quoi». Le Dr Abdallahi a indiqué que la société civile, membre du comité national, n'a pas la capacité technique de comprendre et de vérifier certaines données. Ce qui constitue un obstacle à la transparence. Selon lui, le rôle du comité national ne doit pas seulement se limiter à collecter et à publier les taxes et redevances payées par les entreprises à l'Etat. Ses prérogatives doivent être élargies pour qu'il puisse faire des analyses approfondies d'impact des ressources générées par ces sociétés sur les projets de développement et dans la lutte contre la pauvreté. .
Babouna Diagana
Source: AMI/PMD
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