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Quelle réflexion tirer du putsch du Général Abdel Aziz en Mauritanie? Par Oumar Diagne
Date : 29/2/1 à 11:53:52

Depuis que les pays africains sont indépendants, il y a eu une multitude de coups d’Etat et de tentatives qu’il est difficile de dénombrer. Certains avancent le nombre de 66 coups d’Etat, d’autres de 267 coups d’Etat et tentatives de coup d’Etat. Il est essentiel de se poser des questions pour essayer de comprendre pourquoi autant de coups de force politiques surviennent sur le continent africain. Pour y parvenir, il nous parait, préalablement, nécessaire de définir la notion de coup d’Etat.

Un coup d’État ou un putsch (mot d’origine suisse allemande) peut-être défini comme un brusque changement de pouvoir où un groupe d’individus recourt à le force pour renverser celui ou ceux qui occupaient un pouvoir, pour le ou les remplacer. Cette méthode d’accès aux commandes de l’Etat a largement été utilisée en Afrique. Elle s’oppose au mode de transmission de pouvoir qui passe par les urnes, caractéristique des sociétés démocratiques modernes.

Les causes des coups d’Etats en Afrique sont à rechercher dans la genèse des Etats. Ceux-ci sont fils de violence en ce sens qu’ils sont nés à partir d’une domination. Nous reviendrons sur le cas de l’Ethiopie qui n’a jamais été colonisée. Le pouvoir colonial est un pouvoir où le plus fort soumet le plus faible. Il repose sur un rapport de force. Il y a donc avant l’indépendance des pays africains une culture de soumission à l’autorité par la force.

Après les indépendances, vu que les Etats africains sont complètement fictifs, il n’y avait pas vraiment de sociétés civiles servant de contrepouvoirs et de garde-fous contre la tentation de prise de pouvoir par la force. C’est pourquoi certains chercheurs avancent que les coups d’Etat en Afrique sont liés à l’absence d’une culture politique des Africains.
Cette thèse est un raccourci. La réponse ne peut pas être que les Africains n’ont pas de culture politique mais qu’ils avaient des cultures politiques qui s’exprimaient dans d’autres cadres : empires, tribus, clans, etc. avec des références à leurs cultures propres. Les Etats africains sont des fantômes, extérieurs aux populations qui ne comprennent que très peu leurs fondements, les modalités de leur bon fonctionnement. Il s’agit d’entités politiques sans ancrage qui ne répondent pas aux modes de représentations locaux.

Ainsi, on peut avancer que les coups d’Etat en Afrique sont liés à l’extériorité des Etats par rapport aux populations, à l’absence ou à la faiblesse des fondements de l’Etat et des sociétés civiles, au manque d’ancrage de la souveraineté populaire. Il ne faut pas l’oublier, il y a eu des coups d’Etats dans les sociétés occidentales. Le concept de « coup d'État », tire son origine du coup d’Etat du 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799) qui amena Napoléon au pouvoir. Ce qui explique son usage tel quel dans la langue anglaise. L’accès au pouvoir par l’élection populaire n’est devenu le système de référence en Occident qu’avec le développement du pouvoir de la société civile et l’ancrage de l’idée de la souveraineté populaire. C’est à dire que c’est au peuple que revient la décision finale.

C’est cette culture là qui a fait défaut en Afrique du fait de l’Etat colonial. Très tôt après les indépendances, les coups d’Etats se sont multipliés du fait de l’absence de l’ancrage de l’Etat et des idées nécessaires à son bon fonctionnement telle la notion de souveraineté populaire. Même un pays comme l’Ethiopie qui n’a pas été colonisé en sera une des victimes par l’effet de contagion qui est aussi une des explications possibles à donner comme cause de la multiplication des coups d’Etat en Afrique.

Les anciens colonisateurs, les puissances dominantes sont à compter parmi les premiers instigateurs des putschs sur le continent.

La Mauritanie est devenue célèbre du fait de son instabilité politique. Elle est entrée dans le Guinness car elle possède le record des présidents qui se sont succédés à sa tête grâce à des coups d’Etat. L’explication viendrait justement de l’absence de l’ancrage de l’Etat et de la composition sociologique de la société mauritanienne. Les Etats africains doivent souvent leur instabilité à la prégnance de l’ethnie, de la tribu et du clan sur la scène politique. L’exemple de la Somalie est assez parlant à ce sujet.

La Mauritanie est marquée par un système féodal reposant sur la tribu et les castes. Sa structuration sociale est l’élément essentiel à l’origine de l’instabilité de son système politique. Le coup d’Etat du 6 août 2008 en est un des exemples les plus frappants.

Le coup d’Etat du 3 août 2005 qui a renversé Maawiya Ould Sid'ahmed Taya est le fait de deux cousins germains : le colonel Ely Ould Mohamed Vall, qui a exercé pendant vingt ans les fonctions de directeur de la Sûreté nationale et Mohamed Ould Abdel Aziz qui fut d’abord aide de camp de Maaouiya Ould Taya, avant de devenir commandant du Bataillon de la Sécurité Présidentielle (Basep) dans les années 1980. Ces deux hommes ont permis à l’ancien dictateur mauritanien de rester au pouvoir. Ils l’ont même sauvé d’une chute brutale. On se souviendra de la tentative de coup d’Etat du 8 juin 2003 menée par les commandants Saleh Ould Hannena et Mohamed Ould Cheikhna.

Après ce coup d’Etat, Ely Ould Mohamed Vall dirigera le Comité Militaire pour la Justice et la Démocratie (CMJD) pour une transition qui débuta une période transitoire à partir du 3 Août 2005 jusqu’au 11 mars 2007, date du premier tour des élections présidentielles.

Les deux hommes soutiendront Sidi Ould Cheikh Abdaalahi, un économiste qui fut ministre sous le règne d’Ould Daddah (1960-1978), pour l’accès à la présidence de la République. Celui-ci est l’époux de Khattou Mint El Boukhari, l’une de leurs cousines. Sidi Ould Cheikh Abdallahi bénéficiera en dehors du soutien des militaires, de celui de l’ancienne majorité présidentielle de Maawiya Ould Sid'ahmed Taya. On voit donc comment l’Etat est géré en Mauritanie. Dans cet exemple, nous sommes dans une véritable cuisine familiale qui aura des prolongements dans le coup d’Etat du 06 aout 2008.

Il est logique que ceux qui ont porté un homme au pouvoir s’attendent à ce qu’il les serve. Contre toute attente, Sidi Ould Cheikh Abdalahi a manifesté une indépendance d’esprit. Toutes les manœuvres pour le déstabiliser viennent de son refus d’être une marionnette à la solde de ceux qui l’ont aidé à accéder au trône.

On peut penser qu’Ely Oud Mohamed Wall après avoir permis une transition démocratique unanimement saluée par l’opinion nationale et internationale attendait son heure pour revenir légalement comme Président et que le général Mohamed Ould Abdel Aziz avait aussi des ambitions et que le coup d’Etat qu’il a mené pour renverser Sidi Ould Cheikh Abdalahi témoigne de son impatience. L’avenir nous donnera certainement plus d’éclairage.

Le général Abdel Aziz a engagé de multiples manœuvres, usé de toutes les ruses possibles, mobilisé les réseaux de la Françafrique, entrainé des chefs d’Etat africains comme Abdoulaye Wade. Il n’a cependant pas réussi à rester au pouvoir. Aujourd’hui, la Mauritanie s’achemine vers des élections.

Grâce à une mobilisation nationale et internationale, le tombeur de Sidi a plié. Nous le devons à l’attitude de l’Union africaine, de l’Union Européenne. Nous le devons surtout aux démocrates mauritaniens qui, à l’intérieur et à l’extérieur du pays se sont mobilisés pour préserver le minimum d’acquis démocratiques. Nous avons ainsi la preuve que le destin des peuples dépend beaucoup d’eux-mêmes. Il reste que le système politique mauritanien demeure fragile du fait du faible niveau d’éducation et de l’emprise de la famille, de la tribu, du clan, de l’ethnie sur les individus.

Ce coup d’Etat a aussi révélé la facette de certains acteurs politiques. Ahmed Ould Daddah a été très ambiguë et a montré la faiblesse de son attachement aux principes de la démocratie. Ceux qui ont accepté de se présenter aux élections présidentielles du 06 juin ont témoigné de leur mépris des règles élémentaires de la démocratie. Je signale au passage qu’ils sont tous noirs. Une fois de plus l’élite noire montre sa défaillance en servant de caution à l’anti-démocratie. D’autres acteurs, un peu galactiques, ont manœuvré pour faire chuter Sidi Ould Cheikh Abdalahi en recourant à des manœuvres politiciennes peu louables. On peut douter de leur intérêt pour l’avenir de la Mauritanie. On notera qu’ils sont des habitués de ces pratiques.

Nous verrons, d’ans l’avenir, quel est le degré d’attachement des membres du Front National pour la Défense de la Démocratie (FNDD) à la démocratie. Leur unité témoigne-t- elle d’un réel attachement à la démocratie où est-elle opportuniste ?

Oumar Diagne

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