Un député français interpelle Bernard Kouchner sur la situation en Mauritanie Date : 18/06/2009 à 18:23:48
Communiqué:
M. François GROSDIDIER, député (UMP) de la Moselle, a l'honneur de vous transmettre la question écrite, déposée le 3 juin 09, sur la situation politique en Mauritanie :
Question n° 44-52511 :
M. François Grosdidier alerte M. le ministre des affaires étrangères et européennes sur la situation politique de la Mauritanie après le coup d'Etat, du 8 août 2008 contre cette démocratie naissante dans ce pays ami de la France et surtout à la veille du simulacre d'élection organisé par la junte le 6 juin prochain.
Le 2 juin, dans une salle de l'Assemblée Nationale, à l'initiative des forces démocratiques mauritaniennes et de députés français de la majorité et de l'opposition, le président élu, légal et légitime de la Mauritanie a pu s'adresser, en vidéo, à la France, à ses gouvernants, à ses parlementaires et aux journalistes.
Il a parlé en ces termes : "Je m'adresse à vous à partir du village de Lemden, petite localité du désert mauritanien, cette Terre des Hommes si chère à Saint-Exupéry. La magie des nouvelles technologies me permet de m'adresser à vous, alors que vous êtes réunis dans les locaux de l'Assemblée Nationale française, fière héritière de la Constituante de 1789... Je m'adresse à vous en ma qualité de Président de la République Islamique de Mauritanie, élu le 25 mars 2007, de façon transparente et honnête par près de 53 % de mes concitoyens et renversé le 8 août 2008 par mon chef d'Etat-major particulier. En effet, il y a 10 mois, le Général Mohamed Ould Abdel Aziz usurpa un pouvoir que les Mauritaniens m'avaient librement confié, 15 mois auparavant. J'avais alors fait le serment devant Dieu, devant les Mauritaniens, devant nos partenaires dont la France, de défendre la Constitution et de veiller au bon fonctionnement de nos institutions? Ce serment, je fais tout mon possible, et je suis résolu de continuer à le faire, pour ne pas le trahir. La France, votre pays, a très vite exprimé sa condamnation ferme du coup d'Etat et s'est employée à faire adopter sa position au sein de l'Union Européenne qu'elle présidait. Elle a pris position en même temps que d'autres grandes nations démocratiques et bien des institutions et organisations internationales. L'Union Africaine et les Etats-Unis d'Amérique sont même allés loin. Ils ont inscrits les membres de la junte, le gouvernement de celle-ci et ses soutiens politiques sur une liste noire. Les sanctions individuelles visant les fauteurs de ce coup d'Etat sont très efficaces et épargnent les populations des affres de l'embargo. Le Général Mohamed Ould Abdel Aziz s'emploie activement à légitimer sa forfaiture. Poue ce faire, il a décidé d'enlever l'uniforme et de se faire élire comme Président de la République. Il organise des élections de façon unilatérale, avec le moins de concurrents possibles. Il a même choisi ses concurrents auxquels il assure support logistique et vers lesquels il oriente des électeurs. L'histoire d'élections truquées est bien riche de procédés plus ou moins élaborés. Mais c'est probablement la première fois qu'on choisi ses concurrents et qu'on s'organise pour leur assurer un minimum d'électeurs. L'agenda de cette élection prévoit qu'elle aura lieu à la fin de cette semaine, le samedi 6 juin. Bien qu'éloignés de la Mauritanie et ayant d'autres préoccupations, vous avez certainement reçu les échos des manifestations, sit-in, marches blanches et nuits blanches que les Mauritaniens et, de façon remarquable, les Mauritaniennes ont organisés et continuent à orgnaniser contre le coup d'Etat et l'agenda unilatéral de la junte. Des femmes ont été battues. Des parlementaires, vêtus de leur écharpe d'élus, ont été maltraités et certains d'entre eux ont été passés à tabac par les forces de l'ordre. Le Premier Ministre et plusieurs de ses collaborateurs sont en prison. Le pays est bloqué depuis 10 mois, livré à des règlements de compte de toute sorte et à l'appétit de clans et de factions qui s'empressent de le piller avec méthode et un savoir faire consommé. Tout cela parce qu'un officier de l'Armée a estimé que le Président de la République, son supérieur hiérarchique, ne pouvait pas le limoger et qu'il menait une politique qui ne lui convenait pas."
Le président élu, légal et légitime de la Mauritanie a également évoqué les négociations en cours à Dakar : "Les partenaires de la Mauritanie, organisés en Groupe International de Contact, sont de nouveau au chevet de notre pays. Je les en remercie. Mais j'ai dit à mes compatriotes que la solution ne pourrait venir que du dialogue entre Mauritaniens. J'ai été élu pour cinq ans. Mon mandat court jusqu'en 2012. Mais j'ai suggéré à mes compatriotes, y compris ceux qui s'était fourvoyés dans le soutien de l'anticonstitutionnalité, de se mettre autour d'une table et de débattre de leurs problèmes. Je m'engage à appliquer la solution qu'ils auront dégagées, à condition qu'elle ne viole pas la Constitution."
Enfin, le président n'a pas manqué de souligner l'enjeu au-delà de la Mauritanie : "Le putsch en Mauritanie a ouvert la voie à bien d’autres sur le Continent. Mais ce putsch n'est pas encore consommé. Sa mise en échec découragerait bien d'autres? C'est une dictature naissante, encore fragile. Aidez-nous à y mettre fin. Ne laissez pas la chape militaire retomber sur les Mauritaniens. Vive la Mauritanie, vive la Démocratie et le respect du choix du peuple ! "
M. Grosdidier souhaite que M. le ministre lui confirme la fermeté de la position française, exprimée clairement par le Président de la République Française, mais que des informations publiées par la presse ont pu brouiller : interventions officieuses de représentants d'intérêts français, déclarations du représentant de la France complaisantes pour la junte...
Il souhaite savoir si la France a réagi à l'utilisation à des fins électorales de l'antisionisme et même de l'antisémitisme par la junte qui, après la rupture des relations diplomatiques avec Israël, a présenté les principaux dirigeants de l'opposition démocratique (FNDD) autour d'une Etoile de David.
Il souhaite savoir si le France reconnaîtra bien comme nulle et non avenue l'élection prévue le 6 juin, juridiquement anticonstitutionnelle et factuellement truquée.
Il souhaite enfin savoir quand la France et l'Union Européenne s'aligneront, dans les faits, sur la position ferme de l'Union Africaine et des Etats-Unis, en mettant en oeuvre des sanctions individuelles contre les membres et les soutiens de la junte, seules mesures de nature à les faire céder tant leur action est plus mercantile qu'idéologique.
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