L'actualité
Avril 1989: Plus jamais ça !
Date : 03/05/2008 à 14:11:33

L’Authentique a décidé de consacrer une série d’articles à la déchirure survenue en avril 1989 entre la Mauritanie et le Sénégal, non pas dans le souci de réveiller les rancoeurs et de rouvrir les plaies, mais de rappeler les faits dûment étayés, afin que de telles folies ne puissent jamais se reproduire. C’est une brève de l’édition du 12h30 de Rfi ce 10 juillet, qui a révélé au monde ce qui devait mener la Mauritanie et le Sénégal au bord de la guerre. La bataille qui a opposé des éleveurs Peuhls de Mauritaniens à des cultivateurs Soninkés du Sénégal dans la presqu’île de Diawara le dimanche 9 avril 1989 a le détonateur des pires affrontements entre populations des deux pays. Cette crise a ouvert la voie aux affrontements ethniques aux seins des deux pays respectifs. La politique a joué dans la genèse de ce drame un rôle peu glorieux. « Ce jour-là, lassés de chasser les dromadaires et les bovins venus de Mauritanie paître dans leurs champs, les villageois de Diawara ont décidé de poursuivre des éleveurs mauritaniens en fuite jusque sur leur propre sol, de l’autre côté du fleuve Sénégal. Deux d’entre eux sont tués. Non par des éleveurs, affirmeront les Sénégalais, « mais par des gardes mauritaniens ; non par des civils négro-mauritaniens, mais par des militaires beydanes, c’est-à-dire blancs » ». C’est par ces mots que l’hebdomadaire J.A. du 10mai 89 présentait la version largement partagée au Sénégal à cette époque. Version qui installe une confusion entretenue devant par la suite réactiver beaucoup de rancunes, de frustrations enfouies.Le lendemain de l’incident, le 10, les dépouilles sont remises par les autorités locales mauritaniennes aux parents des victimes au Sénégal ; 13 autres personnes portées disparues étaient en fait retenues en otages par les Peulhs. Elles seront remises elles aussi aux autorités de Bakel plus tard, après avoir été entendues par les enquêteurs mauritaniens sur les causes réelles de l’incident. Ce même jour une expédition punitive est organisée par des groupes furieux contre les Maures de Bakel. L’amalgame prend forme…Le 11, le journal sénégalais « Sopi » annonce le premier l’incident en ces termes : « Diawara, l’armée mauritanienne tire sur les populations : 2 morts, 15 blessés, 18 otages et 7 disparus ». Les officiels ne parlent que de deux morts ; les médias d’Etat parlent de 13 otages en soulignant que l’incident a opposé « des éleveurs à des agriculteurs », sans autre précision sur leur appartenance ethnique. On était le mercredi 12 avril. Ce même jour, de incidents éclatent entre les villages de Diamel (Sénégal) et de Civé (Mauritanie) ; bataille ayant causé la mort de deux personnes, une dans chaque camp. Pendant ce temps, le ministre sénégalais de l’intérieur, André Sonko, est reçu à Nouakchott par le chef de l’Etat Ould Taya ; il convient avec son homologue mauritanien, Jibril Ould Abdallahi (Gabriel Symper), de la nécessité de constituer une commission mixte chargée de faire toute la lumière sur l’incident de Diawara. On évitait alors de parler de « situer les responsabilités ». L’ascension Le 17 avril, A. Sonko se rend à Diawara ; selon le quotidien national « Le Soleil » il y était pour « manifester sa solidarité avec les populations avec les populations de Diawara victimes, le 9 avril, d’une agression sauvage des gardes frontières mauritaniennes ». sur place, le ministre lâchera son « trop c’est trop » en ajoutant ce qui semble être une menace « le président Abdou Diouf est un homme pacifique et non un pacifiste ».Selon le quotidien national Chaab, dans le supplément de son édition du 2 août 89 « le ton est donc officiellement lancé par Monsieur André Sonko » ; ce qui expliquerait, toujours selon ce journal, les incidents qui ont éclaté le lendemain de cette déclaration, à Matam « où des Maures mauritaniens attaqués par la foule se défendent ». Le Soleil tire le lendemain (à la Une) : « Maures contre Pulars à Matam ».Suite à ces incidents, le ministre mauritanien de l’Intérieur, Jibril Ould Abdallahi se rend le lendemain, mercredi 19 à Dakar pour, selon Chaab « présenter se condoléances pour les morts sénégalais et il réitère à son homologue la demande mauritanienne de mise en place d’un plan efficace et global de sécurisation de notre communauté au Sénégal ». Il est reçu le jour même par le président Diouf ; dans sa déclaration à la presse à sa sortie d’audience, il commence par formuler ses regrets au sujet des morts de Diawara avant d’ajouter « je pense qu’on a voulu leur donner des dimensions qui ne sont pas réelles parce que les problèmes entre cultivateurs et éleveurs dans nos pays sahéliens sont connus de tous ». Par la suite on annonce officiellement la mise en place d’une commission d’enquête dont les travaux devaient commencer les week end même.Seuls les propos du ministre mauritanien ont retenu l’attention d’une certaine frange de la classe politique et des milieux administratifs qui ont estimé « légers » aussi bien l’attitude que les propos pour une affaire où il y a eu mort d’hommes. La campagne hostile à la Mauritanie s’est mise en route ; et la tension monte ce vendredi 21 avril. Les médias officiels racontent par le menu, en prenant des libertés, les incidents de Matam ; « Sopi » rapporte qu’un boutiquier maure a tiré sur un jeune sénégalais à la Sicap Amitié 2. Quelques escarmouches sont notées ici et là à Dakar. L’apocalypse Le samedi 22 et dimanche 23 c’est l’enfer ; les boutiques ateliers de milliers de Maures sont pillés, leurs propriétaires molestés, tués ; une épidémie « anti-Nar » gagne toutes les villes du Sénégal : MBour, Diourbel, Thiès, Louga, Tambacounda, Ziguinchor, Kolda. La police et la gendarmerie sont débordées, l’armée est appelée en renfort.En Mauritanie la fièvre a pris la rue, à Nouakchott. Le lundi 24 avril les ressortissants sénégalais sont pris en chasse : tabassages, pillages, tueries. De part et d’autre du fleuve la haine aveugle à saisi les cœurs, la folie s’est imposée ; les rares voies qui appelaient à la tolérance étaient inaudibles voire étouffées. En Mauritanie, la marée humaine déchaînée était guidée exclusivement par un sentiment de destruction. Là aussi l’armée, surtout les fameux « bérets rouges » a été appelée à la rescousse. Ce n’était que le début de l’aventure… (à suivre)

Google
 
retour


Accueil