L'actualité
Quand les coups d'état grondent, Par Ahmed Ould Saleck
Date : 27/04/2008 à 12:59:14

Tarissement du pouvoir d’achat, inondations puis sécheresse, la famine qui rode dans le campement, les émeutes sanglantes, l’extrémisme (religieux, ethnique, nationaliste) qui repart en flèche puisque légalisé et ses défenseurs réhabilités, risques de nouveaux conflits aux frontières en raison d’une neutralité moins ferme sur le conflit au Sahara et d’une question de réfugiés injustement réglée sur le dos de la seule Mauritanie, trafic de drogue à grande échelle, criminalité au grand jour. La Mauritanie n’a jamais inspiré autant l’inconfiance, à ses propres citoyens d’abord puis au reste du monde ensuite, même quand elle fut ouvertement en guerre. Ce sont ceux qui ont de tout temps mis en cause sa viabilité en tant qu’état, au nord comme au sud, ainsi que les mouvements particularistes affidés, qui doivent à présent jubiler. Et l’on commence à voir à nouveau aujourd’hui, comme aux premières heures de l’indépendance, d’éminents et authentiques mauritaniens rejoindre le camp revendicateur, où ils sont accueillis avec des honneurs officiels dignes de monarque, sans que l’état mauritanien n’exprime la moindre protestation ou n’ait à redire.

Face à cela nous nous berçons de démocratie, comme l’araignée qui croit en la solidité de sa demeure cousue de soie, que pourtant le premier coup de vent passé emportera à tout jamais.

Un coup d’état n’arrivant jamais seul, voilà que notre armée en subit un nouveau d’un genre inédit, qui risque cette fois de porter le coup de grâce au dernier corpus consistant qu’il nous soit resté, le dernier rempart de notre intégrité. Les vrais dangers ne sont jamais ceux qu’on croit, ni ceux qui nous paraissent imminents. Les vrais dangers s’invitent subrepticement, à pas feutrés, sans gros fracas. Et le péril est en la demeure, dans les rangs de notre armée désormais.

Jusqu’à août 2005 c’étaient des colonels et autres officiers mineurs qui montaient les coups d’état en Mauritanie ; désormais ils seront généraux, d’active. Les hommes de troupes comprendront ; dorénavant, pour monter en grade au tableau d’avancement des états major, il faut avoir conduit un coup d’état réussi. Cela s’appelle promotion Bokassa ; sergent français la veille, maréchal-empereur le lendemain. L’on sait où cela a conduit la pauvre Centrafrique. Nous venons de voir en Mauritanie la nomination de trois colonels juniors au grade de général, alors que des dizaines d’autres, tous plus anciens et plus expérimentés, sont « éloignés » ou boutés en retraite forcée. Personne ne récuse, même pas nos opposants statutaires, dont la fonction officielle est pourtant précisément de s’opposer, ne serait-ce que pour mériter leurs salaires- il est vrai cependant que quand on a soutenu un coup d’état on ne peut plus en refuser un autre. Et l’on s’étonne que notre armée n’ait plus le moral, qu’aucun soldat ne veuille plus s’engager, que c’est des policiers qui tombent aux premières lignes. Fallait-il s’attendre à autre chose quand...

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