L'actualité
Lettre ouverte aux responsables de la chose publique.
Date : 27/03/2008 à 16:38:37

Monsieur le Président de la République, monsieur le premier ministre, monsieur le Président de l'Assemblée nationale, messieurs et mesdames représentants les Organisations Internationales des Droits de l'Homme.
Nous nous sommes adressés à vous il y a de cela six mois dans un appel de détresse urgent et pressant pour que vous usez de votre autorité et de votre influence pour mettre fin à nos souffrances morales et physiques qui découlent d'une injustice qui n'a que trop duré et qui reste malheureusement encore matérialisée dans certains cas à travers notre pays.
Je veux parler des séquelles de cette abominable pratique qui est l'esclavage et dont le Président de la République a fait de son éradication son cheval de bataille. Ce qui a suscité chez nous un grand optimisme et un grand espoir auquel nous nous sommes accrochés tout long de cette période malgré le traitement inhumain et dégradant dont nous avons été victimes par l'autorité administrative locale.
Traitement que nous avons détaillé dans cet appel qui n’a pas été entendu ni par les pouvoirs publics ni par l'administration qui est l'obstacle majeur devant tout effort visant à améliorer le sort de cette frange de la société qui a été toujours le souffre douleur de cette administration dans les coins le plus reculés du pays telles que les régions de l'Est très enclavées et majoritairement analphabètes et souvent marginalisées. Une réalité que l'Etat refuse de reconnaître pour continuer à exploiter cette question à des fins de propagande politique tantôt pour rehausser son image de marque à l'extérieur et obtenir des financements et tantôt pour récupérer ceux qui se sont aperçus de la faiblesse et du complexe des régimes successifs face à ce phénomène de société qui commence à intéresser les organisations internationales des droits de l'homme particulièrement en Occident. D'ou l'idée de transformer cette situation en une arme de chantage et d’escroquerie que certains individus sans scrupules ont utilisée de la manière la plus abjecte et souvent mensongère. Allant jusqu'à exhiber des photos grotesques et ridicules et ceci dans des forums internationaux pour en faire un fond de commerce politique ou économique et une fois leur dessein réalisé, ils oublient les pauvres populations au fin fond des Adwabas où certains parmi eux n’ont jamais posé le pied.
Situation dont tout le monde s'accommode très bien. Pouvoir public et prédateurs politiques. Il ne peut être autrement parce que les décideurs politiques sont les mêmes. La seule nouveauté dans ce domaine, c’est le discours du président de la République à la nation qui a été consacré essentiellement aux évènements de 89-90, le retour des refuges et enfin l'esclavage, discours qui a été plus sentimental que réaliste et plus aligné qu’objectif, au point de ce confondre avec le discoure officiel des Flam. Ce qui ne veux pas dire qu'il ne contient pas des points positifs au contraire et il pouvait en contenir plus s'il avait traité les victimes de ces évènements de la même façon et ne pas faire les jeux des extrémistes qui voulaient associer les séquelles de l'esclavage aux retombées des événements de 89 -90, sortant ce problème de sa dimension nationale et lui donnant une coloration de race et de couleur, idée cher aux flamistes de tous bords. Je ne sais pas si le Président, en parlant de ce phénomène de société, voulait manifester sa solidarité avec les anciens esclaves qui ont été brûlés vifs dans ces événements à défaut d'avoir délibérément occulté le droit des survivants. Sinon je ne vois aucune relation de fait ou de cause entre ce deux problèmes d'autant plus que le peuple mauritanien était unanime d'accorder la priorité au retour de nos frères refugiés qui vivent à l'extérieur dans des conditions déplorables et qu'ils n'ont pas besoin de publicité pour leur cause parce qu’elle est juste.
Surtout que nous sommes tous solidaires de ces frères négro mauritaniens et arabo-mauritaniens, qui ont été victimes de réaction incontrôlée et irresponsable de deux Etats et le fait d'aborder le phénomène de l'esclavage par cette approche relève d'une grande méconnaissance de ces deux dossiers complètements différents.
La preuve que cette approche s’est traduite concrètement pour certains par la création d'un organisme chargé de les insérer, ce qui est tout à fait normal et juste mais dans l'autre cas, les victimes n'ont bénéficié que d'une loi dont l'application reste incertaine et hypothétique et qui n'a été accompagnée d'aucune mesure destinée à compatir avec les plus nécessiteux de cette frange de la société. Mais on a eu recours comme d'habitude à l'utilisation de la propagande et la récupération politique sur fond de surenchère verbale destinée à la consommation locale.
Et pour renforcer cette campagne médiatique destinée à tromper l'opinion nationale et internationale et surtout détourner son attention de la situation catastrophique, compte tenu de l'incertitude politique et le chaos économique dans lequel le pays est plongé et pour ne rien laisser au hasard, on n'a pas hésité à utiliser la religion compte tenu de son aspect psychologique dans une société islamique. Cette religion connaît actuellement une utilisation abusive dans le domaine de la vie politique, ce qui peut l'exposer à la manipulation et peut porter un grand préjudice à sa mission universelle et tolérante. Particulièrement dans le domaine de l'extrémisme et le terrorisme comme l’a dit à juste raison le Président du parti Ettewassoul au cours d'un reportage de Marie Pierre Olphand, envoyée spéciale de RFI à Nouakchott à l'occasion de l'assassinat des touristes Français.
Mais en tout état de cause, je tiens à préciser que ce problème de l'esclavage ne peut être l'exclusivité de qui que se soit et demeure un problème national qui nous concerne tous et nous devons s'y impliquer, ce que j’ai l'intention de faire personnellement pour prouver que nous sommes tous contre ce fléau et nous sommes déterminés à le combattre au sein de nous mêmes et désigner clairement ceux qui sont responsables ou ont intérêt a ce que ce qu'il continue à être la chasse gardée de certains parce qu’aujourd'hui nous avons un cas parmi tant d'autres, celui de Dreissate d’Ehel Cheikh Ould Bilal, wilaya de Hodh Charghi, Mougatahaa de Néma, mairie de Mavnadiche.
Nous ne voulons pas qu'il vient s'ajouter à d'autres problèmes qui ont émaillé la vie du pays et il constitue pour nous un test de bonne volonté du gouvernement pour joindre le geste à la parole, ce qui nous amène à demander à toutes les bonnes volontés de nous assister pour résoudre ce problème humain et social. Enfin nous demandons au président de l'assemblée nationale d'envoyer une mission des élus du peuple pour constater la gravité de la situation et nous invitons toutes les organisations nationales et internationales des droits de l'homme pour venir constater par eux mêmes la situation dramatique dans laquelle vit une grande partie de cette population.
A cette occasion, je ne peux que mentionner mon étonnement quant à l'optimisme exprimé par le département d'Etat américain sur l'amélioration de la situation de l'esclavage en Mauritanie.
Nous continuons à maintenir qu'il n'y a pas d'esclavage en Mauritanie mais il y a des séquelles dont les solutions sont avant tout économiques et sociales.
Mohamed Ould Sidi Mohamed
Ex membre des Cavaliers du
Changement et l'un des auteurs de la tentative de juin 2003

Le Calame

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