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Nouvelle «marocanité» pour Ould Derwich, Pourvu qu’il fasse des émules!
Date : 19/03/2008 à 22:34:05

La nouvelle nationalité de Hamada Ould Derwich, ancien directeur général du port de Nouadhibou, a terriblement gêné le régime post-transition, au point de provoquer une réunion interministérielle sur la question, donnant ainsi à l'affaire une dimension nationale. Une bonne partie de l’explication de cette réaction des autorités de Nouakchott réside, à coup sûr, dans la nature "hautement sensible" de la question du Sahara occidental qui empoisonne tous les projets d’intégration au Maghreb. Un conflit où la Mauritanie est condamnée à jouer un perpétuel exercice d’équilibriste.
Toujours à la recherche de «nouvelles armes» pour un combat qui dure depuis bientôt 33 ans, le Front Polisario a organisé, au cours des derniers mois, un rassemblement favorable au référendum pour l'autodétermination des populations du territoire (congrès de Tifariti). La manifestation organisée par Hamada et ses partisans à Gjeijimat vise à contrer cette action des indépendantistes, en réaffirmant, à la face du monde, la marocanité du Sahara et tenant, comme seule solution au conflit, l’autonomie des provinces du Sud au sein du royaume chérifien.

Cependant, à y regarder de prés, la défection d’un individu comme Hamada Ould Derwich, qui appartient à la catégorie, très répandue, des hommes qui ont pillé et mis à sac la Mauritanie tout au long des dernières années, au sein du complaisant système Taya, n’est pas une mauvaise chose pour notre pays. Bien au contraire. Nombre de mauritaniens, en apprenant la nouvelle, ont poussé, de concert, un ouf de soulagement.

«Bon débarras, un de moins, que les marocains s’en dépatouillent, on vous les donne gratuit, si vous voulez, quand il y a de la gêne, y a pas de plaisir!». Pourvu qu’il fasse des émules, que tous les pillards en vadrouille qui cherchent à reprendre du service après la chute de leur régime protecteur se trouvent de telles astuces pour aller «gagner» «leur» argent ailleurs.
Chez nous, il y a peu de constantes. L’impunité en est une. Verser le sang de compatriotes, piller les ressources nationales, violer la conscience collective, sont des crimes autrement plus graves que le changement de nationalité de Hamada Ould Derwich. Même si la chose peut être politiquement gênante dans le contexte politique sous régional.

C’est dire que le directeur, au ministère de la justice, des affaires civiles et du sceau – il n’est pas le garde des sceaux (la précision est utile) – n’avait pas besoin d’en rajouter, au point de tomber dans une espèce de délire fascisant, s’enhardissant à prétendre que l’acquisition d’une nouvelle nationalité constituerait «un crime de haute trahison». C’est une conception très restrictive, et donc complètement erronée, du champ de la nationalité. Cette lecture de notre loi va dans un sens apparemment contraire à l’indispensable participation de la diaspora au développement du pays. Elle pose un vrai problème qui doit ouvrir, désormais, un large débat sur la question.

Beaucoup d’hommes et femmes dont les racines parcourent notre sol ont aujourd’hui la nationalité du pays où ils ont élu résidence. Ont-ils, pour autant, commis le crime de haute trahison? Les mauritaniens d’origine étrangère sont également nombreux ici. Peuvent-ils être accusés de haute trahison envers leur pays natal? Fossilisation de l’esprit, refus de féconde réflexion, on n’a que l’embarras du choix pour qualifier une telle approche.
Mais il y a bien plus inquiétant à propos des changements de nationalité et le phénomène semble, pour l’instant, échapper à la sagacité pointilleuse de nos autorités. En effet, dans un article publié, cette semaine, sous le titre : «quand les mauritaniens renoncent à leur nationalité», Blog Courrier International signale une ruée de nos jeunes vers le Maroc. Un fait significatif qui mériterait un examen autrement attentif que celui réservé à la défection, plutôt heureuse, d’un ou même de quelques prédateurs. Il s’agit ici de notre jeunesse, des forces vives de la nation. La raison généralement invoquée tourne autour du chômage : «Le Maroc, c’est une dernière chance de travail, surtout au sein des multinationales installées à Rabat, Tanger, Marrakech ou Casablanca». Un grand nombre de ces jeunes n’ont, d’ailleurs, strictement aucun lien avec le Maroc.

La loi et la régulation
En Mauritanie comme, théoriquement, partout, la loi a une fonction de régulation et doit être conforme à un esprit de développement et d’épanouissement économique et social. Quand le directeur des affaires civiles et du sceau dit que la loi mauritanienne rejette la double nationalité, il a parfaitement raison. Mais en prétendant que ce rejet se retrouve dans la législation de la majorité des pays de la sous-région, il est, carrément, à côté de la plaque. Notre loi de la nationalité, comme celle de nombreux pays voisins, est globalement inspirée du texte français qui ne rejette pas la double nationalité. Le «détail» concernant le rejet de celle-ci nous est particulier, avec quelques rares autres pays.
Dans la philosophie du NEPAD, la diaspora constitue une véritable «région» de l’Afrique et doit donc fortement participer à son développement. Les immigrés originaires du Mali, du Sénégal, du Maroc, d’Algérie – tous nos voisins – envoient annuellement dans leur pays natal plusieurs centaines de millions d’euros, contribuant ainsi au développement, à l’équilibre et à la stabilité de ces entités nationales. Ces gens là ont presque tous la double nationalité.
Un exemple parmi d’autres : Cheikh Modibo Diarra n’est pas seulement malien, il est également américain. Doit-on, pour autant, lui ôter la nationalité malienne et lui refuser tout participation à l’œuvre de développement de sa mère-patrie, menant ainsi un combat d’arrière garde et donc totalement anachronique?
En Mauritanie, aucune étude n’a encore été publiée sur les apports de nos compatriotes vivant à l’étranger. A l’instar des autres pays de la sous-région, nous avons pourtant une diaspora nantie de compétences et d’expertise avérées, capable d’apporter une contribution positive au développement du pays.
Il faut revoir notre loi. Elle est d’autant plus à revoir que son existence, déjà ancienne, n’a pas empêché le retour «à la mère-patrie» de Hamada Ould Derwich sur la base d’un calcul purement politicien (et non politique, il faut saisir la nuance).
Amadou Seck

Le Calame
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