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Interview exclusive du porte parole et chargé des relations extérieures du mouvement de l’Alliance Touareg Nord Mali pour le Changement (ATNMC)
Date : 18/03/2008 à 22:50:23

(ANI)
Dans une interview exclusive accordée à Nouakchott info, Hamma Ag Sid’Ahmed, porte parole et chargé des relations extérieures du mouvement de l’Alliance Touareg Nord Mali pour le Changement (ATNMC) revient sur les derniers événements survenus le 13mars 2008 dans le Nord Mali, marqués par des affrontements entre l’armée régulière malienne et les rebelles touaregs de ce mouvement, faisant plusieurs blessés dans les rangs de l’armée malienne.
De même, il a été question, au cours de cette interview, des accords d’Alger, des racines de la crise du Nord Mali, de l’insécurité dans la bande sahélo saharienne, des islamistes salafistes opérant le long de la frontière algéro-mauritano-malienne.

Nouakchott Info : L’incident qui vient d’avoir lieu le 13 mars a-t-il fait des victimes dans vos rangs ou ceux de l’armée régulière et a-t-il cessé ?
Hamma Ag Sid’Ahmed Porte parole de l’Alliance Touareg Nord Mali pour le Changement (ATNMC):
Ce qui vient de se passer au Nord-est de Kidal est une réaction flagrante du gouvernement malien qui ne souhaite pas accompagner le processus de Paix.
Nous savons que le Colonel qui commande la zone militaire des Régions du Nord du Mali avait commencé un ratissage dans le Nord-est de Kidal.
Le résultat de cette aventure est connu, le colonel de la zone militaire est gravement blessé et quatre autres militaires. Il a été évacué à Bamako par avion et ensuite au Maroc. A ma connaissance des victimes n’ont pas été signalées.
NI : La hache de guerre n’a-t-elle pas été enterrée au Nord du Mali après les accords d’Alger et les récentes médiations de l’Algérie et de la Libye et quelles sont les racines de la crise du Nord Mali ?
HAS:Depuis presque deux ans l’accord d’Alger souffre gravement d’un manque d’application et dès sa signature en juillet 2006, ses articles prioritaires sont détournés et réaménagés sans cesse par les autorités centrales maliennes sans concertations avec la partie touareg co-signataire de l’accord.
Difficile de comprendre, nos Etats banalisent les accords, les traités, dès la signature, ils sont mis dans les tiroirs et ensuite on se met à parier sur la course des chevaux dans les bureaux, peut être tombé sur un bon numéro et gagner suffisamment de l’argent… L’accord d’Alger est tombé en panne, les portes de dialogue sont fermées. D’autres touareg se sont repliés dans les montagnes pour faire un rappel, prendre une décision grave, pour se faire entendre et cela après avoir épuisé tous les canaux de dialogue et avoir alerté la communauté internationale et la facilitation. L’Algérie est co-signataire de l’accord, elle est présente et continue de consulter les deux parties et aussi la Libye est très présente ces derniers jours sur ce dossier.
Mais les choses n’avancent pas. Les autorités maliennes ne souhaitent pas aller vite au dialogue. Aujourd’hui, il faut faire un vrai diagnostic de la crise du Nord, étaler les vrais problèmes sans contrainte, et trouver ensemble une issue politique durable pour éviter des rebondissements permanents. Cela nécessite un engagement réel et une volonté politique qui n’existent pas pour l’instant.
NI : Pourquoi avoir pris en otages en août dernier des civils et des militaires, alors que vous avez allumé le calumet de la paix avec ATT ? HAS: Pour revenir à la reprise des hostilités militaires dans la région de Kidal entre les touareg et l’armée malienne au mois d’août dernier, qui ont fait quelques morts et 46 prisonniers militaires maliens et un combattant touareg enlevé par l’armée malienne.
Il faut rappeler ici, que l’armée malienne avait commencé à occuper les villages nomades, des sites d’éleveurs nomades, les fouilles dans les campements, en violation de l’accord d’Alger qui parle d’allègement du dispositif, délocalisation des casernes.
Une partie des touareg co-signataire de l’accord conduit par Ibrahim Ag Bahanga vivent tout cela comme une provocation orchestrée par les autorités de Bamako et n’ont plus d’autres choix que de reprendre les armes et demander des nouvelles négociations et l’application de l’accord d’Alger. Et le colonel Hassan Ag Fagaga qui était à l’origine des événements du 23 mai 2006 a fini aussi par rejoindre cette nouvelle rébellion avec certains officiers fin août 2007. Il a beaucoup cru à la paix après la signature de l’accord, mais il a fini par comprendre que l’accord d’Alger est devenu caduc. C’est dans ce contexte que plusieurs événements sont survenus dans le Nord Mali depuis mai 2007. Ce qui se passe aujourd’hui au Nord du Mali et au Nord du Niger n’est que la résultante de ces accords de paix qui ne sont jamais appliqués. Suite à tous ces échecs de paix, orchestrés par ces Etats, il y a finalement de la part des touareg au Mali comme au Niger un refus de ces accords qui n’apportent pas la Paix.
Il ne suffit pas d’allumer le feu pour chasser la peur. Il faut surtout respecter les engagements pris et oser se parler.
NI : Selon vos propos vous avez libéré les derniers 22 otages, mais en contre partie de quoi et pourquoi ne donnez-vous suffisamment de temps au pouvoir de Bamako pour remplir les conditions de votre dernier accord étant donné qu’il a tendu une main au dialogue ?
HAS:Oui, nous avons libéré les derniers militaires maliens détenus par le Mouvement, la contre partie est simple, une demande d’ouverture au dialogue, négociation sur le contenu de l’accord d’Alger et son application. Je pense que nous avons donné assez de temps, de juillet 2006 à ce jour. Nous constatons cette semaine, pendant qu’on nous parle d’une main tendue, l’autre main mène une escalade militaire sur le terrain.
L’esprit de dialogue à Bamako n’existe pas encore. Par ailleurs, nous souhaitons que Monsieur Tiéblé Dramé, Président du collectif national pour la Paix et du FDR au Mali mettra tout en œuvre pour aider au dialogue ave le soutien de la facilitation.
NI : La bande sahélo-saharienne qui va du Mali au Soudan en passant par l’Algérie, la Libye, le Niger, le Tchad est, dit-on, en proie à une insécurité, avec pour fond des activités comme la drogue, le trafic d’armes, cela ne nuit-il pas à votre mouvement ?
HAS:Vous avez raison, il est vrai que ces zones connaissent une circulation non réglementée. Ces réseaux des stupéfiants et ces marchands de la mort sont bien connus y compris leurs responsables. Ils bénéficient si j’ose dire d’une sorte «d’amnistie» dans certains Etats qui les abritent et qui les acceptent et ils bénéficient des soutiens non négligeables.
Les retombées négatives ne profitent pas aux sahariens, aux éleveurs nomades qui connaissent jadis la quiétude et la liberté.
Les Touareg peuvent être associés et servir de bouclier pour lutter contre ces phénomènes nouveaux.
NI : Des informations persistantes font état de l’existence «d’un groupe hétéroclite isolé qui serait dirigé par un certain Abderhamane, composé d’islamistes, de salafistes, et opèreraient le long de la frontière Algéro-malienne et Mauritanienne», qu’en est-il ?
HAS:Concernant l’existence «d’un groupe hétéroclite qui serait dirigé par un certain Abderhamane», nous ne connaissons pas son existence, s’ils existent ils sont bien cachés.

Propos recueillis par Mohamed Ould Khattatt mmkhattatt@hotmail.com

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