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Nouakchott est menacée par les changements climatiques Date : 14/03/2008 à 11:55:48
Mauritanie | Changements climatiques : Nouakchott menacée
(Correspondance à Nouakchott) Selon des études menées par des experts mauritaniens dans le cadre des changements climatiques et leurs effets sur le littoral, il ressort qu’une bonne partie de Nouakchott risque d’être sous les eaux à l’horizon 2020 si des mesures d’adaptation précises ne sont pas prises dès aujourd’hui.
Ce n’est point un film de science fiction qui vous est conté ici, mais il s’agit d’études sérieuses entreprises dans le cadre de l’atelier de validation des études d’inventaire et de vulnérabilité face aux changements climatiques qui s’est tenu à l’hôtel Chinguitty Palace de Nouakchott, en fin de semaine dernière. Si tous les secteurs, particulièrement vulnérables aux changements climatiques ont été traités, c’est le littoral qui a focalisé l’attention. Il faut dire que les deux principales villes de Mauritanie sont concernées (Nouakchott et Nouadhibou) sans compter les deux réserves naturelles du Bang d’Arguin et de Diawling. Ainsi, en tenant compte du réchauffement actuel de la planète et de la montée des eaux de l’océan de 15 cm d’ici l’an 2020, plusieurs quartiers de Nouakchott risquent d’être submergés par les eaux. Selon les explications de Demba Marico et de Thiam, experts de la coordination du projet changements climatiques, les quartiers concernés en premier chef sont Sebkha et El Mina, dont la majorité sera inhabitable. Tevragh Zeïna, Riadh, et également Dar Naïm, seront touchés. Seuls les quartiers bâtis en hauteur seront épargnés. Il s’agit d’une bonne partie de Arafat, de Toujounine et de Teyarett. Ces études faites sur la base de cartographies actuelles de Nouakchott et de scénarios de réchauffement, sont à prendre au sérieux. Les conséquences de la montée des eaux de la mer sont tout bonnement catastrophiques. D’abord elles vont engendrer un déplacement de populations vers les zones sûres avec son corollaire d’ennuis immédiats (risque de surpopulation dans certains quartiers, infrastructures inadaptées, renchérissement foncier etc.). Autre conséquence nuisible, la perte de toutes les infrastructures des zones inondables : infrastructures industrielles, l’hôpital national et de grands centres de soins, le quartier des affaires, et bien entendu, les domiciles particuliers, acquis souvent dans ces zones dans la douleur.
Pourtant, ces études ne datent pas d’hier. La coordination des Changements Climatiques a alerté les pouvoirs publics sur les menaces qui pèsent sur Nouakchott depuis le début des années 2000, sans résultat tangible. Pour preuve, l’Etat mauritanien autorisait la distribution de terrains dans des zones inondables, particulièrement exposées au danger de l’océan ou des pluies. Il s’agit de toute la bande qui jouxte la plage, dont la citée Maawiya. Ayant annexé puis distribué la bande d’Aouzou, zone idéalement placée au cœur du quartier résidentiel de Tevragh Zeina, l’Etat indemnisait son propriétaire, la Socogim (Société de Construction et de Gestion Immobilière) par le don de plusieurs hectares (cité Maawiya). Cette supercherie, destinée à satisfaire quelques gros bonnets, met aujourd’hui la Socogim dans une situation embarrassante. Bien que sachant que ses logements sont situés dans une zone inondable, voire dangereuse, elle se trouve obligé pour des raisons financières, de les commercialiser. Heureusement, aujourd’hui, le plan d’urbanisation tient compte en partie des recommandations de la coordination des changements climatiques. Tout le littoral fait l’objet d’une attention particulière. Ainsi, à titre d’exemple, plus aucune concession ne sera désormais attribuée à moins de 500 m de la plage. Un pas certes, mais encore insuffisant, eu égard à la vulnérabilité de cette zone.
D’autres secteurs vulnérables aux changements climatiques ont été étudiés au cours de cet atelier : il s’agit des secteurs de la forêt, de l’agriculture, de l’élevage, de l’eau, de l’énergie, de la santé etc. Le dérèglement climatique aura des répercussions tout autant dommageables pour ces secteurs. On peut noter dans ce cas l’apparition de nouvelles maladies, une perte du faible couvert végétal du pays, une raréfaction de l’eau, un rendement agricole en baisse, etc... Pour pallier à toutes ces difficultés, un certain nombre de mesures d’adaptation sont proposées. Ainsi, pour Nouakchott, il est recommandé la construction d’une rocade et la reconstitution du cordon dunaire. Pour les autres secteurs, un certain nombre de projets d’adaptation ont été élaborés depuis quelques années. Toute évolution positive dans le traitement de cette question, combien importante des changements climatiques, dépendra de l’engagement des autorités qui, jusque là, ont paru bien peu soucieuses des conséquences qui guettent la capitale.
Birome Guèye
African Global News
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