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Le sel iodé : une affaire de santé publique qui a besoin de "promotion" Date : 11/03/2008 à 23:24:33
Nouakchott, 11 mars (AMI) - Les autorités compétentes en la matière cherchent, depuis un certain temps, à convaincre les Mauritaniens de l'importance de l'utilisation du sel iodé, considéré comme une nécessité pour la santé, mais elles rencontrent, dans ce cadre, une "résistance féroce" qui fait que l'usage de ce produit ne dépasse guère les 2%, selon les statistiques du ministère de la santé.
Les services chargés de la promotion du sel iodé expliquent la très faible utilisation de ce produit par les rumeurs qui circulent sur les dangers supposés du sel iodé, en plus de la non implication, pour des raisons diverses, des commerçants et des exploitants de ce produits dans les campagnes de promotion et de l'absence quasi totale de la sensibilisation, chose qui fait que plusieurs Mauritaniens ignorent même jusqu'au nom de ce produit.
Pourtant, la Mauritanie a commencé, dès 1998, en collaboration avec l'UNICEF, des campagnes de sensibilisation auprès des populations pour les convaincre de l'utilité du sel iodé. En 2004, un décret a même été pris rendant obligatoire l'iodation du sel destiné à la consommation humaine et animale.
Mais malgré le caractère contraignant de cette mesure et des campagnes de sensibilisation qui ont suivi ce décret, les autorités concernées n'ont pas réussi, jusqu'à présent, à porter les populations à mettre "un grain" de sel iodé dans les aliments qu'elles consomment tous les jours ou à forcer les commerçants à ne vendre que ce produit.
Fatimetou Mint Mezid, femme de ménage à Dar Naïm, déclare qu'elle n'a aucune idée sur le sel iodé, retournant la question au reporter de l'AMI qui lui avait demandé "la nature, la couleur et le goût de ce genre de sel". Sa voisine, vendeuse de poisson, lui coupe la parole en disant que le journaliste parle sans doute du sel en poudre vendu dans des boîtes.
Cette autre mère de famille, Aïchetou Mint El Hafed, institutrice qui connaît bien les bienfaits du sel iodé et les dangers de sa non utilisation, avoue qu'elle ne fournit pas un grand effort pour se le procurer, indiquant que les membres de sa famille répugnent à manger ce type de sel, craignant qu'il ne contienne des substances provoquant des maladies, tel que l'affirment certains.
Quant à M. Ahmedna Ould Mohamed Lemine, commerçant dans un quartier de Teyarett, il indique que ses clients ne répugnent pas à utiliser ce type de sel parce qu'il contient de l'iode mais parce qu'ils trouvent que l'opération d'iodation nécessite la transformation du sel en petits morceaux.
Cet autre commerçant d'El Mina, Mohamed Saleck Ould Said, déclare que ses clients reprochent au sel iodé son goût tandis que son voisin, El Waled Ould Yehdih indique que plusieurs de ses clients ne distinguent pas entre le sel iodé et celui qui ne l'est pas.
C'est dans ce cadre que le ministère du Commerce et de l'Industrie a entamé dernièrement, en collaboration avec l'UNICEF, une campagne d'iodation du sel qui a abouti, selon les services du Ministère, à donner un délai d'une semaine à plus de 632 boutiquiers à Nouakchott, pour ioder le sel qu'ils vendent, sinon ils s'exposeront aux sanctions prévues par la loi.
Ces sources ont indiqué à l'AMI que la campagne actuelle vise à interdire la production et la vente des sels non iodés dans les marchés et les boutiques des 9 moughataas de Nouakchott et la plupart des commerces qui dépendent d'elles.
Dans ce cadre, M. Brahim Ould El Haj, président de la fédération des producteurs des sels mauritaniens, a déclaré que son organisation "a accompagné cette campagne par l'engagement de travailleurs qualifiés dans les procédures d'iodation du sel et dotés du matériel nécessaire pour cette opération, en plus de la disponibilisation de l'iode", précisant que la fédération a ouvert quatre centres près de marchés connus pour le commerce du sel.
Mohamed ould Soueidi, commerçant de sel au "marché marocain", se plaint pourtant du peu de temps que les autorités leur accordent pour ioder le sel, déclarant qu'une semaine ne suffit pas pour ioder les quantités de sel qu'il détient estimées, selon lui, à plus de 300 tonnes.
M. Mohamed Salem Ould Boulha, gestionnaire de la "Sebkha djil", une entreprise familiale se trouvant dans le Tiris Zemmour, déclare que l'importance de l'iode pour la santé publique est connu de tous et " n'a pas besoin d'être prouvé", précisant que la mine de sel dont il s'occupe de la gestion a iodé l'année dernière plus de 1000 tonnes. Il a ajouté qu'il a donné les instructions pour arrêter la commercialisation du sel de la "sebkha Djil" jusqu'à ce qu'il soit iodé, comme contribution, selon lui, à la réussite de cette campagne.
De leur côté, les médecins lient le goitre et d'autres maladies au manque du sel iodé , précisant, en plus, que ce produit joue un rôle essentiel dans la croissance physique et mentale des enfants ainsi que des adultes.
Dans ce cadre, le Dr Kane Mohamed Moustapha, coordinateur du programme de nutrition, au ministère de la Santé, a déclaré à l'AMI que l'iode est considéré comme une matière essentielle pour le corps, au même titre que le fer et les vitamines.
Le docteur a qualifié de rumeurs infondées ce qui se raconte à propos du rôle joué par l'iode dans les avortements et l'infécondité des femmes, demandant à ce que les auteurs de tels colportages soient poursuivis. Il a nié l'existence de dangers liés à la consommation du sel iodé autres que ceux provenant de l'excès de l'utilisation de toute autre matière.
La volonté du gouvernement d'imposer à nouveau le sel iodé remonte à l'année 2004, quand un décret a été pris dans ce sens le 29 avril rendant obligatoire l'iodation du sel destiné à la consommation humaine et animale.
Dans ce cadre, le directeur du développement industriel au ministère du Commerce et de l'Industrie, M. Mohamed Salem Ould El Mamoune, déclare que l'arrêté mettant en pratique ce décret interdit la production, l'importation et la distribution du sel non iodé, sauf en cas d'autorisation préalable du ministère du commerce et de l'Industrie.
Tout comme, ajoute le directeur du développement industriel, cet arrêté rend obligatoire l'iodation du sel produit en Mauritanie dans les lieux où il est extrait, en plus de l'interdiction pour tout exploitant de le transporter pour le vendre, sauf quand il est muni d'une autorisation spéciale. M. Mohamed Salem Ould El Mamoune a indiqué que l'arrêté en question punit tout contrevenant d'une amende allant de 50 000 à 100 000 ouguiyas, en plus de l'emprisonnement.
Notons que l'iode est une substance chimique extraite de matières minières existant essentiellement en Inde et que 50 grammes d'iode suffisent pour l'iodation 1000 kilogrammes de sel.
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