L'actualité
Après la défection de Ould Derwich: La question de la double nationalité à l’ordre du jour
Date : 11/03/2008 à 14:47:02

L’Etat mauritanien serait-il en train de se rattraper, avec certes, quelque retard, en exprimant clairement le point de vue de la loi sur la question de la double nationalité? C’est ce qui ressort de l’interview accordée au quotidien officiel «Horizons» par le magistrat Mohamed Abderrahmane Ould Mohamed Lemine, directeur des affaires civiles et garde du sceau au ministère de la justice. «Le législateur mauritanien, a-t-il clairement énoncé, considère la nationalité comme l’expression morale d’appartenance et d’allégeance à la nation. Il considère qu’elle exprime la disponibilité à se sacrifier pour l’honneur de la patrie. […]

C’est en vertu de cette considération, que la double nationalité est de fait interdite par le législateur mauritanien, au terme de l’article 30 de la loi de la nationalité mauritanienne publiée le 12 juin 1961, après amendement par la loi du 23 janvier 1973. Cet article stipule que tout mauritanien qui a acquis une nationalité étrangère, ou qui tient à la conserver après avoir obtenu une nationalité étrangère, perd automatiquement la nationalité mauritanienne et son statut de citoyen de notre pays. […] Il est même possible de déduire de ces textes que, dans certains cas liés au profil de la personne possédant une double nationalité, on peut considérer son comportement comme un acte criminel, ou en tout cas assimilable à la haute trahison».

Cette interview est la réplique mauritanienne au cas très controversé de Hamada Ould Derwich et son groupe de «sahraouis mauritaniens» qui ont regagné tout dernièrement les provinces saharo-marocaines en tant que transfuges des camps du Polisario. Hamada Ould Derwich était, jusqu’ici, considéré comme un mauritanien à part entière et avait occupé des postes de choix, comme celui de directeur général du Port autonome de Nouadhibou, et celui de représentant de la SMCP (société mauritanienne de commercialisation du poisson) à Las Palmas. Ce natif de Néma, à l’extrême Est du pays, qui a toujours, et bien plus que beaucoup d’autres, profité des dividendes de la patrie mauritanienne et des mamelles nourricières de l’Etat, a relancé la controverse sur la question de l’appartenance à la Mauritanie, quand il est apparu sur les chaînes de télévision pour défendre les thèses marocaines et le principe d’autonomie proposé aux sahraouis par le Roi Mohamed VI.
Sur la question de la double nationalité, Ould Derwich n’est pas un cas d’espèce. D’autres affaires, plus ou moins médiatisées, alimentent régulièrement le dossier. Citons cet ancien ministre et député actuel, détenteur de la nationalité sénégalaise. Tout récemment, un autre ancien ambassadeur mauritanien et ancien administrateur de banque, a entrepris des démarches pour obtenir la nationalité française.
La présente mise au point émane d’un responsable de seconde ou troisième zone au sein de la hiérarchie administrative. Si beaucoup l’estiment tout à la fois molle et disproportionnée par rapport à l’évènement, elle traduit, en tout cas, l’embarras diplomatique provoqué par cette défection au sein des instances dirigeantes du pays. Embarras double, voire triple sinon multiple. Il l’est, bien sûr, au plan inter-Etats, mais il l’est surtout à l’échelle étatico-tribale, truffée de diagonales de toutes sortes, (intérêts, parentés, etc.). Faut-il s’en plaindre? Devant l’effilochement tribal de quelques ex-responsables désargentés ou à court de projets, et le manque de tonus d’autres encore en exercice, la notion d’Etat de droit pourra poursuivre encore son petit bonhomme de chemin.
MOM
Source : Le Calame
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