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(Le Calame)Ahmed Ould Hamza à la tête de la CUN: Bilan d’une année de gestion
Date : 11/03/2008 à 14:45:08

Plus d’un an après sa prise de fonction à la tête de la CUN, tous les regards se tournent vers cet homme qui avait capitalisé, par sa vision moderniste, beaucoup de sympathie. Mais les habitants de la cité, qui attendent des réalisations concrètes, se demandent ce que ce fonceur, qui aime bousculer les certitudes et briser les tabous, a bien pu réaliser de concret.
Le président de la Communauté Urbaine de Nouakchott, Ahmed Ould Hamza a convié la presse, jeudi dernier (6 février), pour lui livrer son bilan d’une année aux commandes de cette institution. Un bilan sur lequel il était très attendu et dont il est visiblement fier, en comparaison des précédents exercices qu’il n’a guère ménagé. Ahmed Ould Hamza, grand familier des médias, a tout d’abord dressé un sombre tableau des résultats de la CUN avant son investiture. «Sur le plan financier, j’ai hérité, au 1er janvier 2007, dit-il, de 3 mois d’arriérés de salaires sur 2006, de caisses à sec, notamment vidées par 67 millions de carburant». «La dette figurant au PV de passation s’élève à 400 millions d’UM», ajoute-t-il. Il égrène, ensuite, la litanie des autres malheurs échus : rôle de l’impôt foncier (IF) 2006 non émis, système de mise à jour de l’IF non opérationnel depuis 2003, difficultés majeures de collecte de l’IF en l’absence d’agents de poursuite, taux de recouvrement faible, et plus de vingt contrats complaisants de concession signés dans des conditions (illégales à son point de vue) et vagues, pour des durées fantaisistes.

Même les parcs, les fourrières et les carrefours giratoires, souligne le premier édile, relevaient de contrats à durée indéterminée, sans que la CUN ne perçoive le moindre sou.
«Parlons de nos réalisations. Au 31 décembre 2007, nous avons dégagé, pour la première fois en 20 ans de vie communale, un excédent de 520.000.000 d’UM. Cette somme a servi, en partie, à financer les 56 départs volontaires et au paiement des trois mois d’arriérés de salaires sur 2006. Nous avons apuré les dettes d’Etat figurant au PV de passation, tout comme nous avons procédé à l’émission des rôles de l’IF de 2006 et 2007 et l’assermentation de 37 agents de poursuite», a-t-il expliqué.

«Nous avons résilié, a-t-il poursuivi, la majorité des contrats passés sur des bases infondées et révisé quelques autres contrats pour les amener à une durée d’un an, reconductible, avec un cahier de charges bien défini. La résiliation de ces contrats a donné lieu à beaucoup de litiges avec les commerçants de la place et il y a des affaires pendantes devant les juridictions compétentes». Le président de la CUN a ici cité deux importants litiges, l’un avec les établissements Noueygued pour la fourrière, et le second avec l’EEI, à propos des panneaux et des feux de signalisation. «Ce dernier perçoit de l’argent depuis des années alors qu’il n’accomplit manifestement pas sa tâche», s’indigne Ould Hamza qui affirme avoir révisé, plus généralement, tous les contrats à l’avantage de la CUN (durée maximale d’une année, avec des contreparties financières accrues). Même la location des emplacements publicitaires a fait l’objet d’une hausse sensible. «Tout cela, souligne-t-il, a considérablement amélioré le taux de recouvrement et les recettes. […] La CUN s’est également acquitté du paiement des cotisations et de leurs arriérés au profit des organisations de coopération internationale (AIMF, OMVA, OVI, CGLU, PDM). La situation de la caisse de sécurité sociale est régularisée, et on est en passe d’en faire autant avec la SOMELEC».
L’envers du bilan

Le bilan de Ould Hamza à la CUN, jugé globalement positif par l’ensemble des observateurs, ne semble pourtant pas avoir fait l’objet d’un consensus, et surtout pas que des heureux, selon ses détracteurs. Dans les contentieux qui l’opposent aux contractuels (dont certains seraient sur le point de l’emporter), le président de la communauté aurait ainsi privilégié la force, en négligeant les possibilités juridiques et les mécanismes d’arbitrage, souvent salutaires en pareilles circonstances, afin de sauvegarder les intérêts réciproques (ce n’est pas parce qu’on est l’Etat ou la CUN, qu’on a obligatoirement raison). Afin de préserver l’intérêt public de la CUN et de ses propres électeurs, certains n’hésitent pas à conseiller au nouveau président de déplacer le champ de bataille sur le terrain juridique, en exigeant une réglementation irréprochable, afin de d’arracher des administrations le maximum de prérogatives et d’élargir son champ de compétences. Par ailleurs, plusieurs employés de la CUN considèrent que les communes ne sont pas des entreprises devant dégager des bénéfices, et qu’en l’absence de grandes réalisations, le plan gestionnaire du président ne peut se justifier. N’ayant eu recours à l’arbitrage dans les litiges qui l’opposaient aux commerçants, Ould Hamza leur en a laissé l’initiative, et ceux-ci se sont empressés d’arguer de la suspension unilatérale des contrats, illégale selon eux. Concernant particulièrement le litige entre la CUN et la société EEI à propos des feux de signalisation (objet d’un contrat depuis 2002), cette dernière a demandé et obtenu un arbitrage, toujours en cours, du ministère de tutelle, (la décentralisation et l’aménagement du territoire).

Le constat d’échec de l’intercommunalité dans beaucoup de pays a conduit le ministère à programmer un retour à l’expérience de la mairie centrale, dans le cadre d’un nouveau projet de loi portant sur la décentralisation et les collectivités locales, soumis, on s’en souvient encore, à la concertation citoyenne, à la fin du mois de décembre dernier (voir Le Calame N° 619 du 26 décembre 2007). Ce projet de loi n’est pas encore parvenu à la primature, et, même s’il passait devant le parlement et entrait en vigueur en 2008, ne sera applicable qu’après les prochaines élections municipales. Dans quatre ans, donc, à moins qu’il n’y ait des élections anticipées. D’ici là, le président de la CUN devra donc apprendre à cohabiter avec les neuf maires de la ville.
Mohameden Ould Meyne

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